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Où commence la dramaturgie ?

Year: 2010
Type: article
Abstract: NOTE DE L'ÉDITEURCe texte a fait l'objet d'une première publication dans la revue Traduire, n°223, 2010, pp.89-101.1 En 1989, à Arles ont lieu les sixièmes assises de la traduction.Plusieurs tables-rondes, parmi lesquelles, « Traduire, adapter, écrire », animée par Jacques Thiériot, « Molière et ses traducteurs étrangers », animée par Jean-Loup Rivière, et « Texte et théâtralité », animée par Michel Bataillon, entérinent non seulement la spécificité de la traduction théâtrale mais aussi ses connivences avec un « état d'esprit dramaturgique », selon la formule consacrée par Bernard Dort en 1986 1 .Considérée non plus comme une activité purement littéraire et exclusivement destinée à la publication, la traduction semble s'ouvrir à la scène, se voulant à l'écoute des lois du plateau, de ses contraintes et de ses enjeux ; se rapprochant, par là même, au point de rejoindre, de précéder ou de seconder l'activité dramaturgique.Au-delà de la question des enjeux propres à la traduction théâtrale -qui ne sera pas abordée ici de front mais qui constituait l'un des points de gravité de ces assises -s'en pose une autre : celle de l'amplitude du geste dramaturgique, de ses limites, de la mesure de cette « essence dramaturgique » à l'œuvre dans la traduction théâtrale.Où commence la dramaturgie ?Où s'arrête le travail du traducteur et où devient-il celui d'un dramaturge dès lors que la scène entre dans le champ de ses possibles ?Dans l'horizon sonore et plastique du texte, aux abords du plateau, dans l'élaboration d'une version scénique faite de compromis et d'aménagements ?La chose devient plus abyssale encore quand on sait que dans certaines créations, les deux pratiques fusionnent, se recouvrent et se prolongent dans la personne d'un traducteur-dramaturge ou d'un dramaturge-traducteur -qui s'exerce à la duplicité ou met son savoir, abreuvé à deux sources, au service de la curiosité des metteurs en scène et de celle des acteurs.Où commence la dramaturgie ?Agôn , Dramaturgie des arts de la scène 1 2 Il ne s'agit donc pas ici d'établir une analogie, pour dresser en miroir des portraits qui se feraient écho mais bien plutôt d'aller chercher les traces d'une conscience dramaturgique à l'œuvre dans la traduction théâtrale, d'explorer les zones de passage, les points de fuite ou de dissipation, la portée de choix qui permettent d'éprouver les chevauchements ou, au contraire, les écarts et les failles entre ces deux activités. 3Car la dramaturgie comme la traduction sont des pratiques qui portent en elles l'énigme de leur exercice, formées l'une et l'autre dans le silence d'une pratique, d'un partage d'affinités, d'une histoire intime, parfois secrète car amicale ou élective.C'est donc au plus près des expériences et des discours de chacun que l'on pourra saisir, dans les propos ou entre les lignes, ces possibles affinités.Et c'est pourquoi le laboratoire Agôn -qui mène depuis quatre ans des recherches sur la dramaturgie dans les arts de la scène -a souhaité engager une réflexion sur la traduction et questionner les traducteurs eux-mêmes au cours de deux rencontres : une première table ronde organisée dans le cadre de la 10 e édition du festival Les Européennes au théâtre des Ateliers à Lyon réunissant quatre traducteurs de théâtre (Irène Bonnaud, Sara Jansen, Jean-Paul Manganaro et Guillermo Pisani 2 ) et une rencontre avec Michel Bataillon consacrée à ses activités de dramaturge, de traducteur et à des considérations plus historiques sur la dramaturgie 3 .Dans ce texte, qui tient du florilège de propos et de la synthèse des enjeux de ces deux rencontres, nous vous invitons à une mise en perspective de regards croisés pour tenter de débusquer dans l'activité du traducteur l'esquisse d'une pratique dramaturgique et de ses points d'incidence.Une affinité de pratique et d'esprit 4
Language: French
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W145143614
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