Year: 2008
Type: article
Abstract: formation originales.Dans le premier cas, il pourrait sembler plus approprié de parler de « pluridisciplinarité », plutôt que d'« interdisciplinarité ».Et dans le second cas, on pourrait parler simultanément de « formation interdisciplinaire » et de « formation à l'interdisciplinarité ».Mais les distinctions à faire sont sans doute plus subtiles.Une polarisation forte des disciplines convoquées autour d'objets, de thèmes et de questions de recherche largement partagés peut produire une interdisciplinarité de fait, sans qu'il soit nécessaire de se donner des moyens de formation particuliers pour la mettre en pratique : elle est alors comme immergée dans chacune des composantes de la formation.Cette construction d'une interdisciplinarité que l'on pourrait qualifier d'implicite est encore renforcée si la polarisation en question est par ailleurs associée à une longue expérience d'enseignement en commun.Ceci n'est sans doute possible qu'entre des disciplines proches sur le plan épistémologique.Dans d'autres cas, la formation sur et par l'interdisciplinarité impliquera une relation plus réflexive entre les disciplines et les enseignants, et donc une véritable initiation à l'épistémologie.Pour comprendre ce qui se passe au niveau des échanges intellectuels, il peut être utile de reprendre ici la distinction entre « interdisciplinarité de proximité » (c'est-à-dire entre des disciplines d'ores et déjà susceptibles de partager un langage et des démarches de recherche communs) et « interdisciplinarité élargie » (c'est-à-dire entre des disciplines entre lesquelles ce travail de construction d'un langage et de démarches de recherche communs reste à faire).Entrent aussi en ligne de compte les exigences, en termes de croisement des disciplines, de la problématique qui sous-tend la formation.Elles peuvent être plus ou moins fortes.Il est également nécessaire de prendre en compte le poids des contraintes institutionnelles locales et de mettre en évidence les compromis éventuels auxquels elles ont conduit.Le principe était d'offrir un temps et un espace d'information réciproque et de débats autour des réalisations présentées et le programme était conçu autour d'une double idée 3 : 1) prendre appui sur des interdisciplinarités exemplaires, soit nanties d'une expérience ancienne, soit plus récentes mais très actives, pouvant servir de modèle de référence ; 2) donner à voir toute une gamme, la plus diverse et la plus ouverte possible, d'initiatives universitaires novatrices, constituant comme un banc d'essai pour des formations interdisciplinaires prenant en charge des thèmes nouveaux.L'avenir de l'interdisciplinarité passant par une meilleure formation des jeunes chercheurs, une place était donnée à l'expression des étudiants ayant bénéficié des formations présentées.Trois raisons ont conduit à consacrer un supplément de la revue à ces Journées : la richesse de la matière réunie, son originalité et la conclusion à laquelle elles ont conduit.Il est clair en effet que le travail de réflexion entrepris n'en est qu'à ses débuts.Nombreuses sont les initiatives qui mériteraient tout autant d'attention que les dix-huit qui figurent ici.Les Journées ont davantage permis de commencer une enquête et d'identifier les pistes de réflexion à suivre que d'approfondir les questions soulevées par la formation interdisciplinaire.Ce supplément se veut donc un outil pour poursuivre cet approfondissement en lui fournissant un point de départ.Ceci explique son contenu : un compte rendu général des débats ; des commentaires de participants ; le témoignage d'un groupe d'étudiants et, pour finir, un rappel des présentations des expériences.Ces présentations sont construites sur la base d'une grille commune dont l'objectif central est la façon dont l'interdisciplinarité est mise en œuvre au sein des masters.C'est aussi l'axe majeur du compte rendu et aussi bien la problématique même des Journées 4 . Compte-rendu des Journées Marcel JOLLIVET, sociologue, CNRSLe fait que l'acquisition des compétences exigées par un profil de formation donné puisse supposer un recours à différents domaines de la connaissance est admis comme allant de soi.Cette exigence est à la base de tout enseignement professionnel.Il en est ainsi en particulier, au niveau de l'enseignement supérieur, de l'enseignement donné dans les écoles d'ingénieurs (et, notamment, dans les Grandes Écoles).De ce point de vue, l'interdisciplinarité -ou, du moins, le mariage de disciplines dans l'enseignement -est une pratique banale.Et, donc, une banalité pratique : allant de soi, elle n'appelle aucune réflexion particulière et, de fait, n'en suscite aucune.Il est probable d'ailleurs qu'il s'agisse davantage de formations pluridisciplinaires que véritablement interdisciplinaires, les différents enseignements étant plus juxtaposés que véritablement intégrés les uns aux autres.C'est aux intéressés qu'il revient, dans leur pratique professionnelle, de procéder aux synthèses et aux compromis cognitifs qu'exigent les tâches qu'ils ont à accomplir.Il faut toutefois noter que les sciences dites « pour l'ingénieur » ont, par définition une forte composante véritablement interdisciplinaire, ce qui justifierait que l'on parle à leur propos de « sciences de » et non pas de « sciences pour », le « pour » niant précisément le travail d'intégration interdisciplinaire qui est à la base du travail propre de l'ingénieur.On peut citer comme exemples la mécanique, ou l'agronomie, ou la médecine, ou l'architecture etc. ou, pour prendre un exemple plus récent, l'ingénierie écologique.Le refus de prendre acte du caractère scientifique de ce travail d'intégration interdisciplinaire se traduit par le flottement de la terminologie.En effet, comme ils ont une finalité pratique et ont en conséquence un caractère composite, les champs de connaissance en question sont plus volontiers qualifiés d'« arts » que de disciplines.Comme si le travail de recomposition des connaissances qu'exige la création appliquée, « technique », ne pouvait pas être source de connaissance en soi, et source de connaissance originale du fait même qu'il procède d'une démarche visant à rapprocher ce qui, d'une certaine manière arbitrairement, avait été séparé !L'intérêt nouveau porté aujourd'hui à l'interdisciplinarité vient précisément de la prise de conscience du fait que le chercheur se trouve, dans son travail de recherche, face à la même complexité que celle à laquelle l'ingénieur est affronté dans son action ; et qu'il a donc à s'interroger sur sa façon propre de l'intégrer dans sa propre démarche.Ceci résulte sans doute de deux évolutions convergentes : c'est, en premier lieu, l'avancée des connaissances ellemême qui se traduit par leur spécialisation et leur dispersion croissantes, tout en mettant paradoxalement toujours plus en évidence la complexité des phénomènes ; il devient donc de plus en plus difficile de ne pas la prendre en considération.C'est, par ailleurs -même si ce sont là des considérations qui demeurent pour l'instant encore largement méconnues, si ce n'est la plupart du temps récusées par les chercheurs -la proximité croissante entre les connaissances scientifiques et leurs applications, elles-mêmes de plus en plus complexes ; ceci rapproche le chercheur de la position de l'ingénieur et lui confère une responsabilité qui s'apparente à celle de ce dernier, comme en témoigne la montée en puissance des préoccupations éthiques dans les activités de recherche.Il est donc devenu indispensable de repenser l'articulation entre les connaissances spécialisées, sous disciplinaires même plus que disciplinaires, et de recomposer des schémas de compréhension généraux, interdisciplinaires, qui permettent de leur redonner la place et le sens tout relatifs qu'elles ont, dans le contexte de la complexité qui est à prendre en considération compte tenu de l'objectif poursuivi.
Source: Natures Sciences Sociétés
DOI: 10.1051/nss:2008047
Authors: Marcel Jollivet, Marie-Alix Carlander
Institution: Centre National de la Recherche Scientifique
Language: French
Subfield: Information Systems and Management
Field: Decision Sciences
Domain: Social Sciences
SDG: Quality education
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W1491437677
