Les sciences cognitives ne sont pas des sciences humaines
Year: 2021
Type: article
Abstract: Cet article analyse les limites du naturalisme social que Laurence Kaufman et Laurent Cordonier proposent d’adopter dans cette même revue, en critiquant leur plaidoyer pour l’intégration des savoirs des sciences cognitives et des sciences humaines et sociales. Cette critique repose sur la réfutation de trois idées soutenues par les auteurs : 1) la description scientifique des mécanismes cognitifs élémentaires fournit une explication causale des conduites sociales qui doit se substituer à celles des sciences humaines et sociales ; 2) le recours au naturalisme permet de falsifier les préconceptions que ces dernières continuent à entretenir ; 3) le programme de naturalisation de l’esprit n’implique aucune forme de réductionnisme. Cette triple critique permet de rejeter leur appel en faveur d’un modèle intégré de la conduite humaine, en avançant un constat : dans la mesure où on ne sait pas comment combler le hiatus qui sépare les descriptions détaillées du cerveau au travail de l’explication des conduites des individus et de la manière dont ils en assurent la coordination dans le temps même où ils agissent en commun, les sciences humaines et sociales ont peu de choses à aller glaner du côté des sciences cognitives pour améliorer la manière dont elles analysent l’action. C’est que le travail de celles-ci se situe soit au niveau infra-humain du fonctionnement moléculaire, soit au niveau supra-humain de l’évolution ; et que seules les sciences humaines et sociales placent leurs analyses à un niveau simplement humain, en faisant des individus tels qu’ils vivent ensemble la mesure de toutes les choses qui les concernent. Ce qu’elles ne peuvent faire sur un mode naturaliste.
Source: SociologieS
Author: Albert Ogien
Language: French
Subfield: History and Philosophy of Science
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W1501990313
