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Les transformations du féminin monstrueux dans le Nouveau cinéma asiatique de femmes fantômes

Year: 2015
Type: article
Abstract: Depuis le succès au box office remporté par le remake américain du film d'horreur japonais Ringu (Hideo Nakata, 1998), l'industrie cinématographique américaine s'est employée à reprendre des films d'horreurs asiatiques bien reçus sur le marché national ou continental.Le genre asiatique le plus volontiers adapté par le cinéma hollywoodien est le film d'épouvante et plus spécialement le sous-genre que je qualifie de « Nouveau cinéma asiatique de femmes fantômes ».Cette expression désigne des longs métrages réalisés au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande et à Singapour depuis la fin des années 90, avec un pique dans la production entre 2000 et 2005.L'intrigue principale s'articule autour de la rancune et du pouvoir de vengeance de femmes mortes prématurément.Au-delà de leurs thèmes communs, ces films se caractérisent par une iconographie spécifique du féminin monstrueux, qui reflète à la fois les traditions cinématographiques des divers pays en matière de femmes fantômes et le changement des moules socioculturels.Cet article s'interroge sur la façon dont le genre (gender) dans les nouveaux films asiatiques de revenantes -qui, je pense, renvoie et répond à la « sur-répression » des sociétés asiatiques (Wood 1986 : 47) -se voit transformé dans les remakes américains.J'étudierai les diverses influences intertextuelles et contextuelles qui entrent dans la manière dont le cinéma américaine a réinterprété le féminin monstrueux ainsi que les modes de représentation par sexe et genre dans les œuvres originales asiatiques.Celles-ci comprennent les textes cinématographiques et culturels de référence pour les remakes ; les conventions du cinéma d'horreur américain contemporain ; et les idées américaines et occidentales préconçues sur les nations asiatiques, sur leur culture, sur les femmes d'Asie et sur l'altérité en général.Du point de vue théorique, mon étude porte sur l'application critique de ce que Freeland (2009) définit comme l'approche creedkristévienne [en référence à Barbara Creed et à Julia Kristeva] du film d'horreur comme genre cinématographique.À partir d'une Presses Universitaires de France | Téléchargé le 05/08/2026 sur https://shs.cairn.info(IP: 179.61.179.227)156 HUNJU LEE description assez vaste des caractères des nouveaux films asiatiques de femmes fantômes et de leurs adaptations aux États-Unis, mon article analysera quatre cas de remakes américains : The Grudge (Takashi Shimizu, 2004), Spirits (Massyuki Ochiai, 2008), The Eye (David Moreau et Xavier Palud, 2008) et Les Intrus (Charles et Thomas Guard, 2009).Le nouveau cinéma asiatique de femmes fantômes : images du féminin monstrueux et crise de la modernité J'inscris dans la catégorie « Nouveau cinéma asiatique de femmes fantômes » les quatre œuvres asiatiques originales qui ont donné lieu aux remakes que j'étudierai ici.Il s'agit de Ju-On (Takashi Shimizu, 2002), Shutter (Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom, 2004), The Eye (Oxide Pang Chun et Danny Pang, 2002), Deux soeurs (Jee -woon Kim, 2002).Les intrigues principales de ces films tournent autour de figures de fantômes féminins qui reviennent punir ceux qui leur ont porté préjudice.Les images et l'iconographie de ces fantômes modernes s'appuient solidement sur leurs équivalents dans le cinéma classique d'Asie, produit en grande partie entre les années 1950 et 1970.On peut lire, par exemple, les images emblématiques de revenantes vengeresses dans le nouveau cinéma asiatique de femmes fantômes comme des réminiscences de celles que l'on trouvait dans les films kaidan au Japon, à leur tour influencés par des formes traditionnelles de production artistique et culturelle, à savoir le kaidan-shu (littérature d'horreur et de fantômes), les théâtres kabuki et no et les peintures de l'ukiyo-e.Outre l'influence de la tradition sur les figures de revenantes, les personnages sont aussi étroitement liés à ce que Barbara Creed appelle le « féminin monstrueux ».Selon elle, les films d'horreur occidentaux contemporains mettent en scène le plus souvent une figure maternelle monstrueuse comme une mère archaïque dont le pouvoir de reproduction est visualisé de manière négative en tant qu'« utérus dévorateur », « noirceur du néant (la mort) » et « gouffre noir qui avale tout et qui menace de réabsorber ce qui a vu le jour » (Creed 1993 : 27-30).Les originaux asiatiques construisent les monstruosités corporelles des fantômes conformément aux peurs culturelles liées à la fécondité féminine et à un corps maternel repoussant.Comme l'avance Kelly Oliver en se référant à Kristeva, le corps reproductif de la femme est vu comme abject dans l'ordre symbolique, en raison de la nature même du corps maternel, car ce dernier dévoile le processus de formation du sujet et met à mal l'unité de ce dernier (Oliver 1991 : 48).Dans le film japonais Ju-On, le fantôme menaçant et omniprésent de la mère -dans lequel Creed suggèrerait de voir « l'archaïque mère castratrice » -hante Presses Universitaires de France | Téléchargé le 05/08/2026 sur https://shs.cairn.info(IP: 179.61.179.227)
Source: Diogène
Authors: Hunju Lee, Nicole G. Albert
Language: French
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W1551225025
FWCI: 4.454
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