Year: 2013
Type: article
Abstract: La gouvernementalité algorithmique se caractérise notamment par le double mouvement suivant : a) l’abandon de toute forme d’« échelle », d’« étalon », de hiérarchie, au profit d’une normativité immanente et évolutive en temps réel, dont émerge un « double statistique » du monde et qui semble faire table rase des anciennes hiérarchies dessinée par l’homme normal ou l’homme moyen ; b) l’évitement de toute confrontation avec les individus dont les occasions de subjectivation se trouvent raréfiées.Ce double mouvement nous paraît le fruit de la focalisation de la statistique contemporaine sur les relations. Nous tentons d’évaluer dans quelle mesure ces deux aspects de la « gouvernementalité algorithmique » ainsi dessinée, avec l’appui qu’elle se donne sur les seules relations, pourraient être favorables, d’une part, à des processus d’individuation par la relation (Simondon) et, d’autre part, à l’émergence de formes de vie nouvelles sous la forme du dépassement du plan d’organisation par le plan d’immanence (Deleuze-Guattari). Par cette confrontation aux principales philosophies contemporaines de la relation, il apparaît alors qu’une pensée du devenir et des processus d’individuation par la relation réclame nécessairement du « disparate » - une hétérogénéïté des ordres de grandeur, une multiplicité des régimes d’existence - que la gouvernementalité algorithmique ne cesse précisément d’étouffer en clôturant le réel (numérisé) sur lui-même. La gouvernementalité algorithmique tend plutôt à forclore de telles perspectives d’émancipation en repliant les processus d’individuation sur la monade subjective.
Source: Réseaux
DOI: 10.3917/res.177.0163
Authors: Antoinette Rouvroy, Thomas Berns, Liz Carey-Libbrecht
Institutions: University of Namur, Université Libre de Bruxelles
Language: French
Topic: Foucault, Power, and Ethics
Subfield: Sociology and Political Science
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W1716858026
