Year: 2009
Type: article
Abstract: Comme nombre d’artistes du xxe siècle en quête d’un langage pictural en rupture avec le réalisme académique, Picasso emprunte largement au dessin enfantin ses lignes rebelles à toute convention savante pour élaborer un langage plastique nouveau. Mais sa recherche ne ressortit pas seulement à une interrogation d’ordre formel. Le regard qu’il pose sur le dessin d’enfant se nourrit d’un double mouvement qui, en tant que fils, le porte vers son père, premier maître de dessin et de peinture, et, en tant que père, vers ses propres enfants pour lesquels il exécute de faux dessins d’enfants. Ainsi, pour Guernica, il utilise l’un d’eux comme une arme graphique d’autant plus puissante à dénoncer le bombardement de la ville basque que sa destinataire première est l’une de ses filles. Tout au long de son œuvre, l’artiste ne cesse en réalité de faire retour sur sa propre enfance. En témoigne la résurgence périodique du motif des pigeons. Privilégié par son propre père qui en avait fait son sujet de prédilection, ce motif, qu’il copia durant ses années d’apprentissage, inscrit dans l’œuvre le poids moral d’une dette filiale qu’il ne peut acquitter. Motif iconographique des peintures de l’Annonciation sous la forme d’une colombe auréolée, il lui revient, lorsqu’il est associé à une enfant ou une jeune fille, d’évoquer la mémoire d’une jeune sœur défunte, Maria de la Concepción, dont la mort signa l’engagement définitif du jeune Picasso dans le métier de peintre.
Source: Gradhiva
Author: Michèle Coquet
Language: French
Subfield: Visual Arts and Performing Arts
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W1745911962
