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Domination, servitude et révolte

Year: 2005
Type: article
Abstract: Ce que Gérard Althabe appelle, comme tant d'autres, domination, serait plutôt excès de domination, puisqu'est fait allusion, dans son livre Oppression et libération dans l'imaginaire, à une reine d'avant la colonisation qui bénissait l'eau des purifications.Cette reine, même si elle pouvait pratiquer parfois une domination en excès, était légale et légitime (aux yeux de la population, son pouvoir sacré était reconnu).Sans doute, ce pouvoir sacré lui permettait-il d'avoir aussi un pouvoir politique légitime. 2L'excès de domination, si l'on suit l'argumentation de l'auteur, semble avoir transformé la vie sociale en servitude.On voit les actualisations de cette servitude dans les villages que Gérard Althabe étudie, notamment Fetraomby, village betsimisaraka, société dont il nous parle peu.Mais on y voit aussi ce que, parlant avec Bernard Hours, nous appelons l'en-deçà, ou l'arrière-plan de l'excès de domination, c'est-à-dire la manière dont la vie sociale des communautés s'aménage malgré, contre ou/et avec l'excès de domination.Autrement dit, il ne s'agit nullement d'une servitude volontaire (comme ce fut le cas en Union Soviétique, entre 1930 et 1970, pour une bonne partie de la population, la pratique de l'excès de domination étant promotionnelle pour beaucoup de jeunes de Komsomols).Il s'agit, dans ces communautés malgaches retenues pour l'étude, d'une servitude subie, parce que, de toute évidence, il est impossible de faire autrement, sauf à se révolter (ce qui arrive en 1947, puis dans les années 1970, après l'étude d'Althabe qui se situe entre 1947 et les années 1960).Mais la révolte coûte cher en vies humaines (on parlait à l'époque, c'est-à-dire en 1947, de quatre-vingt-mille morts, chiffre qu'Althabe n'évoque pas).Spinoza disait déjà qu'« on ne peut guère se révolter avec une baïonnette sur le ventre ».Servitude subie, donc, mais dont les asservis s'écartent autant qu'ils le peuvent dans la vie publique et privée, d'abord en se créant des médiateurs imaginaires qui leur permettent de supporter le réel, voire le concret, également en tenant à l'écart, là encore autant qu'ils le peuvent, leurs dominants concrets : d'abord les Européens, puis les fonctionnaires malgaches et les notables alliés à eux. 3Il ne s'agit donc pas d'un despotisme au sens de Marx, dans la mesure où les communautés seraient indépendantes d'un pouvoir central à qui elles verseraient un tribut, il ne s'agit pas d'une royauté de type féodal, puisqu'aucun lien d'allégeance Domination, servitude et révolte Journal des anthropologues, 102-103 | 2005 Les dominants réels et concrets 8Ce sont les colons avant 1960, les fonctionnaires (français avant 1960, malgaches après), les notables, l'armée française (en 1947), enfin, au village, les anciens. Les colons 9Althabe en parle peu, seulement par allusion.On sait, par ailleurs, qu'ils sont arrivés après la conquête de Madagascar à la fin du XIX e siècle (conquête effectuée par le général Galliéni), que, avec l'aide de l'administration coloniale, ils ont, comme dans les autres colonies, imposé le travail forcé, qu'à partir de 1935 (information donnée par Althabe) ils Domination, servitude et révolte Journal des anthropologues, 102-103 | 2005 Les dominants imaginaires 14 On peut distinguer, suivant les périodes, trois types de dominants imaginaires : les ancêtres, les divinités forestières et l'astrologie, les esprits.Domination, servitude et révolte
Language: French
Subfield: Anthropology
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W1762106911
FWCI: 1.725
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