Year: 2012
Type: article
Abstract: Les controverses médiévales sur le pouvoir des incantations offrent l'occasion d'une réflexion sur l'articulation, dans le discours, entre communication et action. De Guillaume d'Auvergne à Roger Bacon, Pietro d'Abano et Nicole Oresme, les auteurs du xiiie et du xive siècle qui ont discuté du pouvoir de la parole se rejoignaient dans l'idée que le caractère performatif d'un discours ne dépend pas de la signification des mots. Leur refus d'intégrer la signification parmi les causes du pouvoir des mots apparaît comme une idée nouvelle, propre à la chrétienté latine et justifiée par la nécessité de distinguer la virtus verborum des incantations démoniaques. Au cœur de l'interaction discursive, l'âme du locuteur et celle de l'auditeur sont mises en avant. Se dessine ainsi une conception médiévale du performatif qui s'est déployée en marge des préoccupations du corps social, comme un moment particulier de l'histoire intellectuelle du Moyen Âge. Cette parenthèse naturaliste fait la spécificité du débat médiéval dans une histoire longue de la performativité.
DOI: 10.4000/assr.23772
Author: Béatrice Delaurenti
Language: French
Subfield: Philosophy
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W1869467756
