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La Majesté d'or de Sainte Foy de Conques

Year: 1997
Type: article
Abstract: La Majesté de sainte Foy est la seule Majesté carolingienne qui soit parvenue jusqu'à nous et la pièce la plus illustre du Trésor de Conques en Rouergue, dont la splendeur fut préservée au cours des siècles dans une intégrité presque absolue, grâce à son isolement géographique. La « translation furtive » des reliques de sainte Foy, jeune martyre du IIIe siècle, qui se situerait entre 864 (selon Lot) et 875 (selon Levillain), assura une situation florissante à l'abbaye, encore accrue en 985 par le Miracle de Guibert l'Illuminé qui, après avoir été énucléé, recouvra la vue par l'intercession de sainte Foy qu'il était venu prier. La statue elle-même devint un personnage craint et familier. Profaner le reliquaire, c'était profaner la relique elle-même (la calotte crânienne de la jeune martyre, doublée de bandes d'argent, logée dans le dos de la Majesté). Bernard, écolâtre d'Angers, qui vint trois fois à Conques entre 1013 et 1020, rend bien compte de cet état d'esprit, dans les deux premiers Livres du « Liber Miraculorum Sanctae Fidis » relatant les prodiges et les facéties de la sainte, ainsi que ses impressions d'homme du nord saisi et déconcerté par les représentations des saints en trois dimensions, alors inconnues dans les régions d'où il était originaire. Son texte providentiel décrit avec précision cet exemple unique des Majestés pré-romanes du sud-ouest et nous permet de penser qu'elle était alors, à peu de choses près, celle que nous voyons aujourd'hui. Les travaux de restauration de 1954/1955, qui eurent lieu à l'occasion de la nouvelle présentation du Trésor de Conques, ont permis de faire le point sur un certain nombre de questions. La statue qui est parvenue jusqu'à nous est bien la statue primitive « ab antiquo fabricata » qui était à l'origine entièrement habillée de feuilles d'or. L'âme de bois d'if est faite de deux morceaux raccordés à mi-cuisse ; c'est un support rudimentaire, ébauchant la forme des manches, marqué de décrochements figurant les plis du bas de la robe et donc destiné à accueillir un revêtement de métal, appelé le « premier revêtement ». Ce revêtement d'or a été arraché en maints endroits. Car la Majesté a été enrichie par de fabuleuses offrandes au cours des âges (certains bijoux, par exemple), mais beaucoup de pièces d'orfèvrerie ont été également placées, comme empiècements, aux endroits où l'on avait sauvagement découpé l'or, et ceci, non seulement dans des endroits dissimulés aux regards, comme le dos, mais aussi le torse. D'autre part, les pierres ou intailles, serties dans des bâtes d'or qui parsèment la robe, ne sont pas des offrandes de pèlerins, comme on a pu le croire, mais ont été placées là pour cacher des larcins, effectués à des époques tardives ; elles proviennent, en majeure partie, des bandes de décor sur les appuis postérieurs du trône, démontées afin d'en récupérer l'or. La tête, creuse, en or repoussé, est disproportionnée et rejetée en arrière, comme l'avait déjà noté Mérimée. Elle faisait, non seulement partie de la statue « ab antiquo », mais on peut tenir pour certain qu'elle lui est antérieure. Elle pourrait être datée du IVe ou du Ve siècle. Les transformations, après le miracle de l'Illuminé, au Xe siècle, ont consisté essentiellement en l'adjonction de bandes filigranées et gemmées, posées sur le col, le bas de la robe, les brassards, les chaussures, les montants, les accoudoirs et le châssis du dossier du trône, qui fait également partie de cette transformation. C'est un siège de métal, que l'on a glissé sous le siège primitif, taillé dans le même bois que la statue et dont on a coupé les pieds arrière, pour permettre cette opération. Quant à la couronne, plus grande à l'origine et réduite pour l'adapter à la tête de la Majesté, elle est composée d'un bandeau horizontal et de deux arceaux verticaux se croisant à angle droit, enrichis d'un panneautage de chatons alternant avec quatre fleurons. C'est une couronne du type des couronnes impériales, en usage depuis l'époque carolingienne, dont il n'existe plus aucun exemple. La transformation de la statue est intervenue postérieurement à 985 (le miracle), et antérieurement à 1013 (premier voyage de Bernard à Conques). Il y aurait eu alors un atelier d'orfèvrerie à Conques, et le jeu des échanges de procédés artistiques entre les monastères expliquerait une parenté stylistique avec l'orfèvrerie ottonienne. Il est difficile de donner une place à cette Majesté (celle « ab antiquo fabricata ») dans l'évolution des formes, car c'est une pièce unique, sans comparaison possible avec d'autres. Si l'on admet pour elle le IXe siècle, elle est la plus ancienne statue de l'Occident chrétien que nous possédions. Mais plutôt qu'un départ vers les siècles à venir, elle est un aboutissement. Elle se situe dans un courant populaire de sculpture en bois taillé en masses simplifiées, venu des anciens âges. Sa descendance directe ne sera pas la sculpture monumentale romane et elle n'est pas non plus à l'origine de la sculpture mobilière qui se développera sous la forme des « Sedes Sapientiae », les « Trônes de Sagesse », dont le type est défini dès le Xe siècle (Vierge du Manuscrit de Clermont) et se perpétuera jusqu'à l'époque gothique. Il faut bien plutôt chercher sa postérité dans quelques bustes-reliquaires du sud-ouest, qui sont parvenus jusqu'à nous, comme celui de saint Baudime.
Language: French
Subfield: Classics
Open Access status: green
OpenAlex ID: W1970168667
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