Une relecture des pratiques funéraires du Rubané récent et final du Bassin parisien : l'exemple des fosses sépulcrales dans la vallée de l'Aisne
Year: 2004
Type: article
Abstract: En 1995, la fouille d'un nouveau site rubané dans la vallée de l'Aisne (Berry-au-Bac) avait permis de mettre en évidence pour la première fois des dispositifs architecturaux dans les sépultures danubiennes du Bassin parisien (Allard et al., 1997). Si la structuration complexe de ces fosses sépulcrales a pu paraître anecdotique au premier abord, la fouille d'un nouvel ensemble funéraire dans la Marne, en 1999 (Bonnabel et al., 2003), est venu conforter l'hypothèse d'une possible variabilité des structures funéraires au Rubané récent/final. La morphologie de ces cinq nouvelles tombes se décompose en deux parties : au nord, la fosse sépulcrale proprement dite, où repose le défunt. Elle est creusée en sape, le corps reposant sous un surplomb formé par le sédiment encaissant laissé en place. Au sud, la fosse comprend une banquette, sur laquelle est déposé le mobilier céramique. Le défunt repose donc dans un espace confiné. En surface, la fosse est déforme plus ou moins circulaire et de grandes dimensions, c'est pourquoi la fonction sépulcrale de ces fosses n 'a pas été immédiatement reconnue lors du décapage. Il apparaissait donc vraisemblable que d'autres sépultures rubanées du même type n 'avaient pas été reconnues lors de fouilles passées. Afin d'identifier ce type de fosse parmi le corpus de la vallée de l'Aisne, nous avons sélectionné cinq critères à partir des tombes de Berry-au-Bac. Parmi les quatre-vingt-six tombes rubanées de la vallée de l'Aisne, nous n'avons conservé que celles dont la documentation, la profondeur et l'état de conservation du squelette permettaient une bonne observation des critères sélectionnés. Au final, onze tombes supplémentaires présentant la même morphologie ont pu être identifiées. Ce nouveau modèle sépulcral pose de nombreuses questions. Tout d'abord, la morphologie de ces fosses traduit une rupture importante dans notre perception de l'ensevelissement des morts au Rubané. Les corps sont ici préservés du contact de la terre, ce qui traduit des choix culturels différents, mais également un investissement inégal dans le rituel. Bien que le système de fermeture reste inconnu, car l'érosion nous prive de toute information, il est possible de proposer plusieurs hypothèses, incluant ou non la banquette dans l'espace sépulcral. Ce type de fosse pose également la question d'une réouverture possible des sépultures (réouverture rituelle ou violation) car un espace vide est un espace accessible. Enfin, et с 'était là notre principale interrogation, quelle est la représentativité de ces fosses sépulcrales au sein des pratiques funéraires rubanées ? Assiste-t-on à une véritable variabilité des pratiques ď ensevelissement, avec d'une part des fosses simples, immédiatement comblées après le dépôt du corps, et d'autre part des fosses complexes en niche, ménageant un espace confiné ? Si cette variabilité existe, traduit-elle une évolution chronologique des pratiques funéraires du Rubané occidental ou des distinctions sociales ou culturelles entre les membres d'un même groupe? Ou alors, la remise en cause de l'image sépulcrale traditionnelle se résume-t-elle au remplacement d'un modèle par un autre, sans modifier Vidée d'une forte homogénéité culturelle des pratiques funéraires ? La diversité constatée dans les modes d'ensevelissement nous autorise à envisager l'ensemble des pratiques funéraires du Rubané du Bassin parisien sous un autre angle. En fait, toutes ces questions se résument en une seule : que sait-on à l'heure actuelle des pratiques funéraires rubanées ? La documentation étant aujourd'hui importante et de qualité, on peut espérer dépasser davantage le seuil du factuel.
Author: Corinne Thevenet
Language: French
Subfield: Archeology
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: green
OpenAlex ID: W1979208752
