Les recherches sur le Méjan : les disciplines au cœur des tensions entre science et politique
Year: 2002
Type: article
Abstract: Les tensions qui ont pu 6tre caus6es par I'article de Claudine Friedberg, Marianne Cohen et Nicole Mathieu mettant en cause une discipline comme I'agronomie dans ses postures de recherche sur le terrain 1, sont r6v~latrices des confusions induites par la commande polit ique sur les postures (~pist6mologiques des chercheurs. La situation du M~jan est de ce point de vue exemplaire d'une relativement Iongue histoire des interactions entre les politiques publiques et des ~quipes de recherche sollicit6es afin de produire des connaissances utiles ~ I'action. II y a pros d'une quarantaine d'ann6es, le minist~re de I'Agriculture a mis en oeuvre une politique tr~s volontariste de remise en valeur des terres du M6jan, s'appuyant sur une dynamique forte des agriculteurs locaux et de leurs associations. Le contexte y 6tait favorable au d6veloppement de l'61evage ovin, allaitant mais surtout laitier, sous I'influence du p61e agro-alimentaire de Roquefort assurant une r~mun6ration dev(~e du lait de brebis dans un Massif Central sud menac6 par la d(~prise et la d6sertification. Le M6jan est donc rest~ relativement prosp~re, habit~, et organis6 par une fili~re co-go6e entre producteurs et transformateurs (la ~ Confederation de Roquefort ~), mais aussi par les families du Causse et, tout particuli~rement, par les femmes prenant en main la diversification des activit6s (g?tes, fermes auberges, autres produits, etc.). Le projet technique consistait alors d6fricher et ~ broyer des cai l loux pour implanter davantage de prairies am61ior6es, apportant une alimentation de qualit6 ~ des brebis & haut niveau de production. L'l~tat y met alors les moyens ~ travers sa politique de d6veloppement agricole et rural. Ces actions, visant ~ I'intensification de 1'61evage, s'inscrivaient dans le courant ~ ~ par des fertilisations 16g~res et surtout une gestion plus fine du p~turage, con£:u comme un levier d'action sur les dynamiques prairiales partir de la v6g~tation spontan6e (Long, 1974 ; 1975 ; 1979). Les quelques exp6rimentations qu'ils ont pu conduire sur plusieurs ann~es ont confirm6 le bien fond6 de leur approche th6orique (D. Hubert, 1978) ; mais ne disposant pas de comp6tences en zootechnie ni en sciences sociales, ils n'ont pas assez pris en compte les syst~mes d'61evage pour faire la preuve du caract~re op~rationnel de leurs propositions ; ils n'ont pas davantage montr(~ en quoi celles-ci se d6marquaient des paradigmes productivistes dominants. Ainsi, durant cette phase, il 6tait attendu de I'agronomie qu'elle produise une ing~nierie favorisant I'accroissement de la productivit~ des syst~mes de production. M~me si une premiere contestation, sous influence 6cologique, de cette agronomie totalement centr6e sur I'id6e d'intensification a pris corps, elle n'a pas eu d'influence r6elle. Faute peut-~tre de s'6tre assez int6ress6e aux hommes : une vision seulement (~co-centr6e, ne prenant pas suffisamment en compte les savoirs et les valeurs des acteurs que ces acteurs soient ceux de I'administration avec des objectifs de mise en valeur des terres difficiles ou les professionnels eux-m~mes avec leurs propres syst~mes de pens6e et de valeur peut-elle les convaincre d'agir autrement ? Seul le programme Causses-C6vennes ~tait porteur d'une dimension interdisciplinaire autour de la g6ographie, dans ses composantes physiques et humaines, et de la sociologie, mais ~galement d'une autre forme d'agronomie, privil6giant une approche syst6mique centr(~e sur les exploitants, s'int~ressant plus ~ leurs actes qu'aux m(~canismes agronomiques. Cette position d'agronomes de I'lnra reposait sur la contestation d'une agronomie dominante, normative et positiviste, fondle sur I'objectivit~ des faits exp6rimentaux : elle se r6f~rait ~ des approches plus anthropologiques comme celle par exemple d'A-G. Haudricourt (1987), conduites en interdisciplinarit(~ dans la suite des travaux i niti~s dans le cadre de la RCP Aubrac (CNRS, 1970) ou des recherches conduites dans les Vosges (Osty, 1978a, 1978b ; Auricoste et al., 1983 ; Osty et al., 1998). Ni techno-centr~e, ni ~co-centr~e, cette d(~marche privil~gie I'observation des pratiques, I'(~coute des discours, la repr6sentation des savoirs techniques, la diversit6 des syst~mes d'exploitation, la mod~lisation syst6mique, I'analyse des interactions entre individus et entre groupes sociaux, chercheurs FORUM
Source: Natures Sciences Sociétés
Author: B Hubert
Language: French
Domain: Life Sciences
SDG: Zero hunger
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W1985978096
