Year: 1974
Type: article
Abstract: DE SURVIE Jourdain-innocent noahDe nombreux africanistes (anthropologues, linguistes, etc..) se penchent de plus en plus sur les traditions orales négroafricaines: études et collectes des matériaux en milieu coutumier se multiplient à travers le continent noir.Ces chercheurs oralistes ont fait, et continuent de faire, un vaste plaidoyer en faveur de la littérature orale; ils ont démontré avec force arguments sa préexistence par rapport à la littérature écrite, et ont établi que la première sert nécessairement de fondement à la seconde.Ce que Valéry traduit en ces termes: «longtemps la voix humaine fut base et condition de la littérature.C'est la présence de la voix qui explique la littérature première» 1 L'oralité plonge nécessairement ses racines dans la tradition qui est vivante, c'est-à-dire mouvante et non «figée».Et M. Houis condamne ceux qui ne verraient dans l'oralité qu'une «absence ou privation d'écriture».«L'oralité au contraire, écrit M. Houis, se définit positivement comme une technique et une psychologie à partir du moment où l'on réfléchit sur trois thèmes fondamentaux» 2 .M. Houis dégage ici le rôle de la mémoire «dans une civilisation de l'oralité, l'importance sociologique, psychologique et éthique de la parole proférée, enfin la culture donnée transmise et renouvelée à travers des textes de style oral» 3 .La parole proférée dont parle l'auteur est en fait le « Logos », i.e. le Verbe qui crée, le Verbe non transitoire par lequel l'être se 1 Note.-Nous avons emprunté cette citation à M. Houis.cf.Anthropologie linguistique de l'Afrique Noire.P.U.F., 1971, p. 48. 2 Houis (M), op.c. p. 9. 3 Ab/d.,p.9.La parole est tout.Elle coupe, écorche Elle modèle, module Elle perturbe, rend fou Elle guérit ou tue net Elle amplifie, abaisse selon sa charge.Elle excite ou calme les âmes.» 4Ce texte se passe de commentaire.On voit tout de suite que la parole possède en Afrique une extraordinaire prééminence sur tous les autres instruments du pouvoir politique, religieux, intellectuel et pédagogique.Elle est la clé par excellence de toute autorité, le moyen de domination d'autrui.Cette puissance de la parole dont les Grecs avaient fait une divinité: «Péithô», plus précisément la force de persuasion, pénètre partout dans la vie négro-africaine ; elle est le rituel, la formule juste, le débat contradictoire, la discussion et enfin l'argumentation.Elle suppose toujours un public auquel elle s'adresse comme à un arbitre qui décide en dernier ressort.(Nous avons souligné ailleurs le côté théâtral de la littérature orale africaine) 5 .Mais revenons plutôt au «Logos»: il y a entre lui et la vie africaine un lien de réciprocité.L'art de gouverner le clan, la tribu, le groupe est, pour l'essentiel, maniement du langage.Et le «Logos» prend à l'origine conscience de lui-même, de ses règles, de son efficacité.La parole va donc constituer par le conte, le proverbe, la devinette, etc... l'élément de base de la «Paiéia» africaine, comme l'écriture l'a fait pour les Grecs et les Occidentaux.On n'insistera jamais assez sur ce côté pédagogique de la parole dans les civilisations négroafricaines.Tout jeune africain était tenu de se mettre à cette école, d'apprendre l'art oratoire grâce aux différents genres de notre littérature orale.Les études menées jusqu'à présent par les chercheurs africanistes, tant Européens qu'Africains, ont mis en évidence 4 Thomas (L.V.), article inédit.5 Noah (J.I.), Les contes beti du Sud-Cameroun-Le cycle de Kaiser, Revue-Diogène n° 80 Gallinard -1972.
Source: Études littéraires
DOI: 10.7202/500341ar
Author: Jourdain-Innocent Noah
Language: French
Subfield: Literature and Literary Theory
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2000785436
