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L'Epistre à la Reine de Christine de Pizan (1405)

Year: 1997
Type: article
Abstract: Majestueuse, puissante et révérée souveraine, ma dame Isabeau, reine de France par la grâce de Dieu.Très noble, puissante et révérée reine, Que Votre Haute Majesté veuille ne point mépriser ni dédaigner la voix éplorée de sa misérable servante, Christine, mais qu'elle condescende à entendre ces paroles dictées par un sentiment sincère qui ne cherche qu'à faire le bien.Vous pourriez certes croire qu'une personne aussi humble, indigne et ignorante que moi-même ne devrait pas se mêler d'affaires aussi graves.Toutefois, il est assez normal que la personne qui souffre de quelque mal en cherche instinctivement le remède : c'est le cas, en effet, des malades qui recherchent par tous les moyens la guérison, ou bien des affamés qui courent après la nourriture, et ainsi tout mal appelle son remède.C'est pourquoi je vous prie, très noble dame, de ne point vous étonner si c'est vers vous que l'on se tourne, vous qui pouvez être -tous le pensent et le disent -le remède et la cure souveraine pour obtenir la guérison de notre royaume aujourd'hui si meurtri, si gravement blessé, et en passe du pire.Car si c'est à vous que l'on s'adresse, ce n'est point pour voler au secours de quelque pays étranger, mais à celui de votre propre terre et du légitime héritage de vos nobles enfants.Certes, ô noble et révérée souveraine, vous êtes d'une assez grande sagesse pour vous informer des affaires et comprendre ce qui doit être fait.Il n'en demeure pas moins que vous vivez dans les hautes sphères royales, et qu'entourée d'honneurs, vous devez passer par autrui pour connaître le cours ordinaire des choses qui agitent, en actes comme en paroles, vos sujets.Aussi, noble reine, ne vous offensez pas de m'entendre me faire l'écho de la malheureuse plainte des Français en deuil qui du fond de leur tristesse et de leur désespoir vous supplient ; il font monter vers vous, leur noble et révérée souveraine, leur humble voix éplorée et prient, pour l'amour de Dieu, que votre noble cœur soit touché de pitié par leur détresse et leur misère.Puissiez-vous donc être l'ambassadrice qui obtiendra et rétablira dans les plus brefs délais la paix entre ces deux grands princes du sang, cousins que la nature voue à l'amitié mais qu'une fortune perverse pousse actuellement au conflit.C'est une chose bien humaine et d'ailleurs ordinaire -il arrive même que père et fils se querellent -, mais persévérer dans cette discorde serait diabolique.Et si cela devait advenir, il en résulterait deux grands et terribles malheurs et pertes.Tout d'abord, cela entraînerait rapidement et inéluctablement l'anéantissement du L'Epistre à la Reine de Christine de Pizan ( 1405)
Source: Clio
Language: French
Subfield: Classics
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2003567383
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