Dans quelles conditions les émotions collectives peuvent-elles bloquer ou aider la délibération démocratique?
Year: 2007
Type: article
Abstract: PEUVENT-ELLES BLOQUER OU AIDER LA DÉLIBÉRATION DÉMOCRATIQUE?semblables, et d'assurer des conditions du processus de délibération qui puissent permettre la sélection de la coopération la plus intéressante.Nous l'avons dit, ces problèmes de coopération n'ont pas de solution rationnelle coopérative en théorie des jeux, c'est-à-dire dans une théorie du choix en interaction qui ne tient compte que d'une rationalité froide, sans émotion.Notre hypothèse est qu'en revanche ils pourraient en avoir une si l'on tenait compte des processus émotionnels.Mais inversement, il se révèle que les émotions collectives (que nous restreignons ici à des émotions liées à des coopérations collectives) ne sont pas toutes favorables à la délibération démocratique, et qu'il faut faire quelque tri. I. ÉMOTIONS DE COMPARAISON, ÉMOTIONS AGIES ET COOPÉRATIONNous avons donc d'abord à redécrire le processus de délibération et de décision en tenant compte des émotions.Robert Sugden a développé une tentative intéressante dans ce sens (même si les données expérimentales n'ont pas tranché de manière décisive en faveur de sa théorie), mais notre version sera un peu différente.Le processus fondamental, si on l'étudie au niveau individuel, est le suivant.Nous partons d'une situation présente, et nous envisageons plusieurs possibilités d'action, plusieurs manières de changer le monde.Nous devons aussi tenir compte du fait que le monde environnant change de lui-même.Pour chaque action -il faut aussi compter l'absence d'action -nous devons donc envisager plusieurs résultats, selon que le monde sera plus ou moins favorable au succès de cette action.Nous envisageons donc différentes situations finales, qui résultent de la conjugaison de l'action choisie et de l'état du monde conjugué à cette action.Ces perspectives peuvent susciter deux formes d'émotions.Les unes résultent de la différence entre la situation résultante envisagée et notre situation présente.Si la situation future est meilleure, ce sera une émotion de type positif, et de type négatif dans le cas contraire.Nous pouvons nommer ces émotions « émotions longitudinales », le différentiel étant évalué sur la ligne entre présent et futur.Les autres résultent de la différence entre la situation future envisagée en premier, et une autre situation future, obtenue par une autre action, ou par la même action mais dans un autre état du monde, à laquelle nous la comparons.Nous appellerons ces émotions du second type des « émotions de comparaison » (toutes les émotions impliquent une forme implicite de comparaison, mais ici nous comparons transversalement, en quelque sorte, deux situations futures).Nous nous plaçons par l'imagination dans une situation future -ce futur devient donc notre présent -et nous l'évaluons par rapport à une autre situation contrefactuelle, mais qui aurait pu être la nôtre dans ce présent du futur si nous avions agi autrement ou si l'état du monde avait été différent.Supposons que nous comparons Ri, un des résultats possibles d'une action A combinée à tel état du monde Ei avec un des résultats possibles, Rj, d'une action B combinée à un état du monde Ej, et que le résultat de A soit moins bon que celui de B. Pour déterminer notre émotion de comparaison, il nous faut encore tenir compte de la confiance que nous avons dans l'obtention du résultat Ri et de celle que nous avons dans l'obtention du résultat Rj.Par exemple, dans une loterie,
DOI: 10.4000/ress.92
Author: Pierre Livet
Language: French
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2003971198
