Year: 1999
Type: article
Abstract: La façon d'écrire l'histoire qui a triomphé chez les historiens professionnels, après la Seconde Guerre mondiale -l'histoire comme une science -, a eu comme résultat, au niveau de la pratique, une histoire économique, sociale, structurale et objectiviste, affichant, d'une part l'ambition d'une histoire totale, d'autre part l'étude du passé pour comprendre le présent et construire un meilleur futur.Cette écriture de l'histoire a été fortement contestée, au cours de la dernière décennie, au moment même où le projet philosophique qui la soutenait entrait en crise. 2Si ce qui précède est évident, il y a une chose qui l'est beaucoup moins -et la raison d'être de ce travail est d'essayer de l'expliciter -c'est le fait que la communauté des historiens ait formulé, petit à petit, de nouveaux consensus sur la façon d'exercer la profession ; et ceci, le plus souvent, sans le savoir, car les processus qui appellent de nouvelles convergences sont plutôt les produits des pratiques que les conséquences d'un débat explicite.La crise de l'histoire de cette fin de siècle -rôle décroissant des historiens et de l'histoire dans la société -est accompagnée d'une formidable augmentation de la production historiographique, laquelle a énormément renouvelé les sujets et les méthodes : d'une façon inégale et désordonnée, sans réflexion.Cela limite gravement les résultats potentiels de la recherche historique et leur nuit. 3Nos premières propositions concernent la façon dont les communautés scientifiques, en général, reconstruisent, à travers les processus critiques, leur dénominateur commun. 4Nous énoncerons successivement, par seize thèses, les critères qui nous semblent fondamentaux pour élaborer un nouveau consensus historiographique, actuellement en gestation.Nous espérons favoriser le débat en contribuant à le centrer et en promouvant la dissidence.La transition vers le paradigme historiographique du XXI e siècle n'est pas achevée ; elle n'est même pas inévitable.L'histoire qui vient Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 22 | 1999 8Au cours des précédentes décennies, l'intérêt de Kuhn, et d'autres scientifiques pour l'histoire n'a pas correspondu à un intérêt réciproque des historiens pour l'histoire et la philosophie des sciences.La raison en est la séparation, souvent teintée d'animosité, entre les sciences et les lettres, entre les sciences dites « dures » et les sciences sociales et humaines (l'ultérieur « ramollissement » des sciences physiques est passé inaperçu).Quand, exceptionnellement, il a existé une relation entre l'histoire et la science « stricte », elle s'est établie avec la science néopositiviste -par exemple pour importer des méthodes quantitatives -malgré l'hostilité de Karl Popper envers tout historicisme.Au reste, le désintéressement spontané de l'historien pour la théorie vient confirmer ce décalage entre la recherche historique, l'historiographie et la philosophie des sciences, la branche actuelle la plus productive de la philosophie. 9La résolution de la crise d'identité de la discipline historique, passe, à notre avis, par l'application de la théorie de Kuhn au développement des sciences historiques.D'un paradigme à l'autre 10 Un paradigme commun est l'ensemble des engagements partagés par une communauté scientifique : éléments théoriques, méthodologiques et normatifs, croyances et valeurs.Un paradigme global est formé par des paradigmes partiels.Le fonctionnement d'un L'histoire qui vient
DOI: 10.4000/ccrh.2382
Author: Carlos Barros
Language: French
Subfield: History
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2012923836
