Year: 2002
Type: article
Abstract: rappeler le contexte de parution du livre, avec deux éléments majeurs.D'une part le débat sur la parité, et d'autre part l'émergence de toute la question de la virilité, de la masculinité, du regard du point de vue masculin.On peut notamment évoquer le livre de Christophe Dejours, La souffrance en France 1 , dont chaque chapitre comporte un sous-chapitre sur la virilité, et d'autres qui sont sortis au même moment.Ce contexte a favorisé la répercussion de l'ouvrage, qui a été amplifiée par les mouvements et par les débats autour de la parité et de la virilité.Car, en réalité, le livre reprend des travaux antérieurs de Bourdieu, notamment son article dans Actes de la recherche en sciences sociales 2 et des interventions qui ont suivi, en particulier un séminaire du GEDISST en 1994 3 .É. F. : En même temps, la demande sociale et politique nouvelle autour du féminisme ne rend pas entièrement compte de la relative légitimité scientifique à laquelle le féminisme est en train d'accéder.Ce sont deux phénomènes qui ne sont pas sans rapport, mais qu'il faut distinguer.Ilana Löwy : Il est vrai que Bourdieu parle beaucoup de la virilité dans La misère du monde 4 et surtout dans son article de 1990, mais le sujet principal de son livre n'est pas réellement la domination masculine : c'est le mode de reproduction de la situation de dominée, plus que de la masculinité.Catherine Marry : Malgré tout, son hypothèse selon laquelle c'est par l'apprentissage des rapports de domination entre eux que les hommes perpétuent leur domination sur les femmes met bien au centre la question de la virilité, sinon de la masculinité, qui se crée dans la socialisation.Pour revenir à la réception du livre, je soulignerai son succès « populaire » : il a touché un certain nombre de gens qui ne lisaient peut-être pas Bourdieu avant -je parle notamment de femmes -et qui ont lu ce livre, avec plaisir : des enseignant-e-s l'ont étudié avec leurs élèves.D'autre part, un certain nombre de gens déjà sensibilisés par l'engagement militant de Bourdieu, notamment dans l'anti-mondialisation, ATTAC, etc. ont pu apprécier cette autre dimension de sa critique en lisant le livre parce que c'était Bourdieu.Ce qui m'a frappée, c'est ce succès auprès de ce publiclà au regard d'une réception plus mitigée dans le milieu des féministes, militantes et/ou scientifiques.Les auteurs de la controverse autour du livre, publiée dans le premier numéro de la revue Travail, Genre et Sociétés en 1999 -Beate Krais, Marie Duru-Bellat, Michelle Perrot et Yves Sintomer 5reconnaissaient tous leur dette à l'égard de Bourdieu, notamment quant à cet effet de légitimation.Personne ne pouvait nier que c'était très bien qu'un homme de cette stature s'empare de ce sujet, lui donne cette visibilité.En même temps, ils étaient déçus par le livre.Tout le monde s'accorde à dire que pour nous, féministes scientifiques, ce livre apporte peu en comparaison avec d'autres écrits de Bourdieu.La domination masculine n'est en tout cas pas le meilleur de ses livres et n'a pas fait faire un progrès décisif aux réflexions des féministes scientifiques.Le plus frappant, c'est son succès médiatique général du point de vue de la critique sociale, beaucoup plus que son apport de légitimité scientifique au féminisme.É. F. : Mais donner de la légitimité scientifique au féminisme n'implique pas de convaincre les féministes que c'est scientifique.
Source: Mouvements
Language: French
Topic: Gender and Feminist Studies
Subfield: Gender Studies
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
SDG: Gender equality
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2014451599
