Year: 2002
Type: article
Abstract: UNE SOCIÉTÉ DE CONTRADICTIONS?espace homogène.Un peu plus tard, le PAGSI (Plan d'Action Gouvernemental pour la Société de l'Information) lancé en 1998 par l'Etat français considère également l'espace national sans distinction territoriale.L'expression de société de l'information renvoie à une seule et unique société et l'avènement de celle-ci laisse supposer la disparition des territoires.Peu de rapports européens ou français prennent en compte la diversité territoriale.Le groupe d'experts européens de haut niveau sur les enjeux sociaux de la société de l'information est un des rares groupes de la Commission européenne à avoir lutté contre cette conception d'un espace uniforme en inscrivant dans son rapport final la nécessité au contraire de valoriser la diversité européenne et de « tirer parti des différentes sociétés de l'information en émergence » en considérant que « l'enjeu fondamental de la société de l'information consiste indéniablement à rechercher une compétitivité fondée sur les diversités culturelle, éducative et sociale » 4 .Malgré cela, c'est, de manière générale, sous la forme d'oppositions que se manifestent les relations entre les productions discursives ayant trait à la société de l'information et les territoires.Celles-ci revêtent plusieurs aspects: l'expression met l'accent sur une économie particulière, celle de la connaissance, celle du savoir, celle des réseaux immatériels.Bref, elle induit une économie, certains disent une nouvelle économie, reposant sur la production et la circulation de l'information, qui semble se situer en rupture avec des formes d'économie plus traditionnelle, plus ancienne dont sont porteurs les territoires.De même, l'insistance mise sur l'innovation technique en particulier dans le domaine de l'information et de la communication caractérise un objectif de modernité qui paraît renvoyer les territoires à la tradition ou encore au « retard ».Enfin, l'expression sous-entend l'apparition d'une nouvelle société en opposition avec l'existant.Alors que les sociétés locales sont placées sous le signe de l'histoire et de la continuité des pratiques, la notion de révolution informationnelle locale semble donc déplacée.Ces quelques remarques préliminaires expliquent le faible ancrage territorial d'une telle expression qui se présente le plus souvent comme a-localisée et acontextualisée.Le succès même d'une telle expression s'explique en partie par l'absence de la dimension territoriale qui se trouve dans la diversité culturelle, le poids des pratiques, les spécificités de l'histoire.D'une certaine manière, les oppositions rapides qui viennent d'être notées rappellent et même réactivent les oppositions entre le réseau et le territoire ou entre le virtuel et le réel.Ainsi, la société de l'information laisse place à un certain nombre d'éléments spécifiques, présentés en rupture avec les évolutions contemporaines alors que, pourtant, c'est dans la continuité de ces dernières qu'elle se situe.Si l'expression est employée, c'est parce qu'elle se présente comme une ressource stratégique qui permet la mobilisation des esprits, la diffusion d'une culture technique et l'amplification de certains caractères.Rappelons ceux-ci: l'innovation, la modernisation, une certaine forme de dématérialisation des activités sociales (ce terme étant lui-même très ambigu) et de manière générale la déstabilisation des structures hiérarchiques qu'elles se situent au niveau de l'Etat ou des entreprises.En cela, elle tend à rompre également avec la notion de représentation dont celle de représentation 56 ISABELLE PAILLIART 4 Construire la société européenne de l'information pour tous.Rapport final du groupe d'experts de haut niveau, Bruxelles, Commission européenne, 1997, p. 65 (c'est nous qui soulignons).
DOI: 10.4000/ress.610
Author: Isabelle Pailliart
Institution: Université Stendhal – Grenoble 3
Language: French
Subfield: General Social Sciences
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2023930809
