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Quelle volupté que la peinture

Year: 1993
Type: article
Abstract: Si j'avais le choix cependant entre les plus belles créatures vivantes et la femme peinte du Titien que huit jours plus tard je revoyais dans la salle de la tribune à Florence, je prendrais la femme peinte du Titien.Florence… m'attire encore presque sensuellement par cette image de femme couchée rêve prodigieux d'attrait charnel.Quand je songe à cette cité… m'apparaît soudain lumineusement au milieu des souvenirs qui jaillissent cette grande toile longue où se repose cette grande femme au geste impudique, nue et blonde, éveillée et calme.GUY DE MAUPASSANT, La vie errante. 1 Comme l'affirme à juste titre Vladimir Biaggi, dans son introduction aux chroniques sur la peinture publiées par Balland, il convient de « ruiner un lieu commun tenace selon lequel Maupassant aurait eu en peinture… culture médiocre et mauvais goût 1 ».Cette idée reçue, dont Edmond de Goncourt fut le fielleux propagandiste, a pu d'autant plus trouver preneur que Maupassant, à la différence de nombre d'écrivains du XIX e siècle, tels que Beaudelaire, Théophile Gautier, Émile Zola ou Octave Mirbeau, ne peut en aucun cas être assimilé à un salonnier, à un critique professionnel.Plus qu'un amateur éclairé -le terme est faible -Guy de Maupassant est, selon l'expression de Georgette Tadros, un amateur passionné, dont on peut suivre la passion à travers toute l'œuvre 2 .Sur les 24 chroniques que Maupassant a consacrées à l'art, au sens le plus large du terme, 13 concernent à des degrés divers les arts graphiques 3 .2 Il réserve d'autre part quelques pages à la peinture italienne dans La vie Errante.Enfin, l'univers des peintres est évoqué dans trois de ses romans, Bel Ami (1885), Notre Cœur (1889) et surtout Fort comme la mort (1889), dont un des personnages principaux est le peintre Bertin, ainsi que dans 5 nouvelles, « Les dimanches d'un bourgeois de Paris » Quelle volupté que la peinture Enquête, 8 | 2005 1 (31 mai-16 août 1880, Le Gaulois), « Le Voleur » (21 juin 1882, Le Gil Blas), « Une Soirée » (21 septembre 1883, Le Gaulois), « Miss Harriel » (9 juillet 1883, Le Gaulois), « Le modèle » (17 décembre 1883, Le Gaulois).3 Les goûts de Maupassant en matière de peinture, nous le verrons, sont éclectiques.Ce qui lui attire les éloges des critiques et des biographes quand il défend les impressionnistes, le blâme quand il affirme des penchants pour certains peintres académiques.À vrai dire, il ne mérite ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.Familier des cercles artistiques, Guy de Maupassant est bien de son époque, la fin du XIX e siècle, qui voit coexister, plus harmonieusement qu'on ne le croit, des mondes de l'art très contrastés.Surtout, ce qui, sans doute a le plus choqué les amants du beau et les dévots des avant-gardes, il affiche sans pudeur un « plaisir de regardeur » ou se donne à voir « la multiplicité hétérogène et indéfinie » des composantes de sa perception esthétique 4 .Un familier des cercles artistiques 4 Par l'intermédiaire de Flaubert, dès 1875, jeune employé au Ministère de la Marine, Guy de Maupassant entre en relation avec Zola et chaque semaine retrouve, rue Saint Georges, Paul Cézanne, Huysmans et le critique Duranty.À partir de 1877, lorsque Zola achète à Médan, près de Poissy, une maison de campagne, Maupassant demeure un hôte assidu.À Paris, au café « Le Rochefoucauld », au coin de la rue N. D. de la Joliette et de la rue La Rochefoucauld, il croise Gerôme, Cormon, Degas, Gustave Moreau, Fantin-Latour.Dans les années 80, il retrouve ce dernier au café Gerbois, en compagnie de Renoir, Monet, Sysley, Pissaro, Manet, Degas, Zola et Duranty.À Etretat, si l'on en croit Pierre Borel, il côtoie Courbet, Monet et Diaz 5 .5 D'autre part, le succès venant, Maupassant devient l'hôte assidu de nombreux salons où il peut rencontrer des peintres.Chez Juliette Adam, directrice de la Nouvelle Revue, à qui il donne en 1881 « En famille », il rencontre Bonnat, Bastien-Lepage, Gervex, Rodin.Chez Marguerite et Georges Charpentier, l'éditeur, 11 rue de Grenoble, il retrouve le monde politique de gauche, Gambetta, Clemenceau, mais aussi Monet et Renoir dont le tableau « Madame Charpentier et ses enfants » (1878) aura pour décor le salon de Grenelle.Dans le salon de la Comtesse Cahen d'Anvers, femme du banquier, il noue une amitié durable avec le peintre Albert Cahen d'Anvers, frère de son hôtesse.Il fait partie avec son ami Gervex de la cour d'admirateurs de la Comtesse Potocka et côtoie, chez la Princesse Mathilda, Albert Besnard, Bonnat et Fromentin.En dehors de ces fréquentations mondaines, plus ou moins épisodiques, Maupassant noue une véritable amitié avec 5 peintres.Jean Beraud (1848-1935), peintre de scènes de rue et de sujets mondains, que Maupassant considère comme « le plus charmant des fantaisistes », est cité dans « Une soirée » et dans Fort comme la mort et le financier Walter, personnage de Bel ami possède un tableau de lui.René Bilotte (1846-1914) élève de Fromentin, peintre de paysages, canote avec Maupassant.Antoine Guillemet (1847-1918), élève de Monet et de Corot est aussi un assidu de la Grenouillère et Maupassant, dans son salon de 1886, le classe parmi les maîtres incontestés.Mais c'est sans doute avec Henri Gervex (1852-1929) et son cousin germain Louis le Poittevin (1847-1901) que les liens sont les plus étroits.Ce dernier obtint au salon de 1886 une médaille de troisième classe pour « Etretat ».En 1886, il loue le rezde-chaussée de son hôtel particulier à Maupassant, avec lequel il entretient depuis quelques années une correspondance suivie.C'est au début des années 80 que Gervex devient un intime de Maupassant et il voyage avec lui en Provence et en Italie.Il réalise Quelle volupté que la peinture
Source: Enquête
Language: French
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2068324155
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