Year: 1968
Type: article
Abstract: Toute œuvre d'art a sa source non dans une pensée ou un système mais dans des formes.Quand il s'agit de poésie, ces formes sont ambiguës, car le langage est une réalité que Ton peut traverser sans s'arrêter, l'expression d'une pensée distincte de sa substance, mais qui porte aussi en elle les germes de l'art le plus dépourvu de significations externes, la Musique.Or l'analyse dispose d'un vocabulaire peu adéquat: s'il est généralement aisé de rendre compte du sens d'un poème, comment expliquer cet étonnant miracle qui fait qu'on ne saurait dire en prose ce qu'un poète a dit en vers ?La traduction d'une poésie en langue étrangère est toujours décevante, et montre que l'essentiel s'est perdu en route.Mais l'étude de cet essentiel n'est le plus souvent qu'une belle approximation métaphorique: qu'est-ce que le « rythme de mode majeur » dont on honore les premières strophes de « Crimen amoris » ?Juste retour des choses, on commente une pièce de musique en empruntant des comparaisons à la littérature, et on évoque « l'atmosphère poétique » d'un lied de Schumann.Pourtant, si la métaphore réciproque est possible, c 'est qu'elle est déjà signe d'une analogie.Le langage des Muses a toujours apparenté Musique et Poésie.L'aède chantait ses poèmes, et quand, au fil des siècles, la Musique et la Poésie eurent suivi chacune leur voie, les poètes n 'en continuèrent pas moins à se dire les « chantres de l'humanité », à prétendre composer au son d'un instrument (« Poète, prends ton luth»), à écrire des «chansons», des «romances», des «élégies».Plus qu'aucun autre peut-être, c'est Verlaine qui a eu la nostalgie de « ces temps fabuleux » x où la Poésie 1. Poèmes saturniens, « Prologue », v. 1.
Source: Études françaises
DOI: 10.7202/036301ar
Author: Alain Baudot
Language: French
Topic: French Literature and Poetry
Subfield: Literature and Literary Theory
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2091091502
