Year: 2014
Type: article
Abstract: Bigo et Laurent Bonelli sont co-rédacteurs en chef de Cultures & Conflits.P our le sociologue ou le politiste français, l'expression même de « crimino- logie » sonne au premier abord comme un peu étrange et un peu ridicule.Pourquoi séparer des comportements -criminels en l'occurrence -de l'ensemble des relations sociales dans lesquelles ils sont encastrés et en faire un champ d'étude spécifique ?Si la criminologie se focalise seulement sur le crime, elle n'a guère plus de sens qu'une « anorexicologie », une « suicidologie » ou une « mariagologie », respectivement entendues comme sciences de l'anorexie, du suicide et du mariage.Si, en revanche, son ambition est de resituer le crime dans la fabrication et le maintien d'un ordre social et politique, pourquoi la distinguer de la sociologie ou de la science politique ?La question est volontairement naïve.Selon les pays, l'existence ou non de la criminologie comme discipline, de même que le sens qui y est donné dépendent de trajectoires historiques singulières dont il faut à chaque fois retracer les étapes et les modalités.Les rapports de forces sociaux et les équilibres académiques entre le droit, la sociologie, la médecine et la psychologie dessinent en effet des formes d'institutionnalisation différentes au Canada, en Belgique, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie ou en France 1 .Toutefois, la naïveté de la question n'est qu'apparente.Les batailles pour l'existence disciplinaire de la criminologie demeurent en effet inséparables d'une promotion plus large de modes de questionnement, de catégories de pensée et de mise en récit spécifiques, c'est-à-dire d'une « raison criminologique » que ce numéro spécial de Cultures & Conflits entend interroger. Le crime, relation ou essence ?Au fond, faut-il ajouter quelque chose à l'analyse d'Émile Durkheim, lorsqu'il écrit en 1895 : « Classer le crime parmi les phénomènes de sociologie normale, ce n'est pas seulement dire qu'il est un phénomène inévitable quoi que regrettable, dû à l'incorrigible méchanceté des hommes ; c'est affirmer 1 .Pour un propos général, voir Pires A., « La criminologie et ses objets paradoxaux : réflexions épistémologiques sur un nouveau paradigme », Déviance et société, 17 (2), 1993, pp.129-161.
Authors: Didier Bigo, Laurent Bonelli
Language: French
Subfield: Law
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: hybrid
OpenAlex ID: W2091140329
