Year: 1988
Type: article
Abstract: Soyeuses villes du regard quotidien, insérées parmi dautres villes, aux rues tracées par nous seuls, sous l'aile d'éclairs qui répondent à nos attentions.René Char, La bibliothèque est en feu.Entre les représentations de la ville que nous ont léguées l'histoire et la littérature et les villes où nous vivons aujourd'hui de plus en plus nombreux s'est créée une incompatibilité.La littérature contemporaine rend compte de ce divorce et développe des thématiques de l'exil, de l'errance, du voyage.L'écriture se déplace, rêve d'un mouvement perpétuel, cherche une course libre à travers les histoires, les cultures, le temps et l'espace.Le texte n'habite plus une ville, mais toutes les villes à la fois, c'est-à-dire aucune.Pourtant, «since there has been literature, there have been cities in literature» 1 .Il faut croire que les villes ne sont plus ce qu'elles étaient.Nous avions accoutumé de penser que Paris serait toujours Paris, quand bien même le compilateur de ses Mystères les avait inaugurés par cet avertissement : «L'homme ne peut vivre sans illusion» 2 .Nous pensions Rome éternelle, imaginions le Kremlin «comme un immense gâteau tartare/Croustillé d'or» 3 .Nous étions sûrs de toujours pâlir «au nom de Vancouver» 4 .Mais voilà que l'on nous prévient que la ville n'est plus qu'un concept, qu'elle est reléguée dans le désordre des représentations, qu'elle s'est étendue jusqu'à se distendre, diluée jusqu'à se fondre.On ne sait trop si elle a perdu son centre ou si le centre, désormais multiplié, vagabonde partout.Rastignac aurait beau écarquiller les yeux, son regard ne pourrait plus 1.
Source: Études françaises
DOI: 10.7202/035765ar
Author: Pierre Popovic
Institution: Princeton University Press
Language: French
Subfield: Literature and Literary Theory
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2091817214
