Year: 2015
Type: article
Abstract: Frédéric Laugrand -Philippe Descola, vous êtes ethnologue, spécialiste des Achuar et anthropologue, professeur au Collège de France depuis 2000 où vous occupez la chaire Anthropologie de la nature.Vous avez abordé une multitude de sujets dans vos cours, comme les relations entre humains et nonhumains, la figuration, l'ontologie des images et dernièrement les formes du paysage.Pouvez-vous nous retracer et nous résumer cet itinéraire intellectuel et, surtout, nous expliquer sous quel angle vous abordez la question animale ? 1PhiLiPPe descoLa -La plupart des questions que les anthropologues se posent -les anthropologues au sens des chercheurs qui s'intéressent aux propriétés générales de la vie sociale et qui se placent donc à un certain niveau de généralité -naissent d'une expérience ethnographique.Et les questions qui les occupent par la suite sont, en général, le produit d'interrogations nées à l'occasion des perplexités suscitées par un certain type de terrain ethnographique.Je ne vais pas, ici, retracer l'ensemble de ce cadre puisque je me suis déjà pas mal expliqué là-dessus.Mais je voudrais juste dire que le terrain que j'ai réalisé en haute Amazonie avec les Achuar, et pour lequel j'étais parti avec le projet d'étudier les rapports entre une société et son environnement, a été l'élément déclencheur qui m'a conduit à m'intéresser aux questions que j'ai traitées par la suite et ce, de plusieurs façons.J'étais parti sur le terrain en Amazonie parce que je souhaitais étudier la façon dont une société qui n'avait pas eu de contact prolongé avec le monde occidental s'adaptait à son environnement.C'était l'esprit de l'époque.Il s'agissait de comprendre comment s'opérait cette adaptation de façon matérielle et idéelle, en examinant donc à la fois les systèmes techniques et les modes de représentation que cette société avait développés dans un usage traditionnel de la nature, c'est-à-dire dans une logique non marchande (pas de cultures de rente, de monnaie, de travail salarié, etc.).C'est pour cette raison que j'avais choisi d'aller chez les Achuar qui, à l'époque, venaient juste d'accepter les premiers contacts pacifiques.L'idée d'aller en Amazonie venait
Source: Anthropologie et Sociétés
DOI: 10.7202/1030849ar
Authors: Philippe Descola, Frédéric Laugrand
Language: French
Subfield: Geography, Planning and Development
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2120470575
