Year: 2014
Type: article
Abstract: L’histoire des sensibilités suscite encore une méfiance persistante, avant tout parce que son projet intellectuel demeure mal identifié, parce que l’historiographie a souvent laissé penser que ses origines s’ancraient uniquement dans la continuité du projet de Lucien Febvre et de l’histoire des mentalités à la française. Or, en vérité, celle-ci n’est autre que la traduction historiographique d’un mouvement philosophique beaucoup plus ample et ancien, né du basculement incarné par Karl Marx, Friedrich Nietzsche et Sigmund Freud, ces penseurs du soupçon, qui nous ont appris à repérer derrière les idées, la raison et la conscience, le rôle des désirs et des appétits, le jeu des pulsions et des sentiments. Rendant ainsi l’homme moins transparent à lui-même, l’historien du sensible vise, outre à restituer l’historicité de notre vie sensible, à réévaluer la part des affects dans la détermination des conduites humaines. Pour ce faire, il s’appuie également sur la riche nébuleuse des savoirs critiques élaborés ensuite, dans l’Allemagne de la première moitié du 20e siècle, sous les appellations de « psychologie sociale » ou « historique » ou, à la manière nietzschéenne, de « psychologie des profondeurs ».
DOI: 10.3917/vin.123.0039
Authors: Maurice Halbwachs, Christophe Granger
Language: French
Topic: History of Emotions Research
Subfield: History
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: green
OpenAlex ID: W2169945837
