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Principes de philosophie zoologique

Year: 1830
Type: book
Abstract: Pour exposer comment elle est devenue le sujet d'une discussion au sein de VAcadémie royale des sciences , et pour fixer le point précis de la controverse.Les études de l'organisation étaient depuis quelque temps sourdement travaillées par un mal-aise qui en gênait les allures; elles avaient gagné plus en éten- due qu'en rectitude.Une révision du passé y deve- nait nécessaire : cette crise était inévitable ; c'est-à- dire qu'une sérieuse controverse devait éclater.Ce moment est venu.Toute rénovation d'idées est long-temps contrariée dans sa marche ascendante par les longues journées d'un état transitoire : il est alors dans les esprits un moment d'hésitation , même de souffrance, qui les décide, pour la plupart, à demeurer dans les traditions du passé : mais ce devient aussi un moment critique pour les novateurs.Cette indifférence , peut- être aussi quelques effets de rivalité les éprouvent, exaltent leur foi et leur dévouement scientifiques , et les excitent à redoubler d'efforts.De là, de ces vives i •2 DISCOURS PRELIMINAIRE.impressions à une hostilité déclarée, il n'est qu'un pas.S'il est franchi , les deux camps sont formes : un choc passionné est imminent.Voilà ce que l'action , l'inévitable influence du temps sur de certaines idées , récemment produites et relatives aux études de l'anatomie comparative, viennent d'amener , ont fait éclater dans le courant de mars i83o: les feuilles quotidiennes et les jour- naux de médecine ont rendu compte de cet événe- ment scientifique.Ainsi la presse a porté à la con- naissance du public que des débats très animés entre M. le baron Cuvier et moi viennent de retentir dans le sein de l'Académie des sciences.La grande célé- brité de cette compagnie, l'importance du sujet et l'accession d'un très nombreux auditoire, ont fait qualifier notre controverse de solennelle, et sont la cause de quelqu'intérèt qu'on lui accorde.C'est dans ces circonstances que je me propose de donner au public les discours dont l'Académie a entendu la lecture , d'exposer le développement des idées rivales dans l'ordre de leur production.Mais d'abord j'aurai à en préciser l'objet.Une première lecture, qui a été l'objet d'une bien vive répartie, posait un seul fait : il n'y fut, et dans tout le cours de notre discussion , il ne saurait être question que de donner une solution aux proposi- tions suivantes : Devait-on , doit-on conserver religieusement une DISCOURS PRÉLIMINAIRE.3 ancienne méthode pour la détermination des or- ganes, en reconnaissance de ses anciens et utiles services, bien qu'elle ait porté d'excellents fruits, quand elle est maintenant insuffisante dans les cas de grande complication ?Ou bien , pour satisfaire à de nouveaux besoins, faudra-t-il lui en préférer une autre qui donne plus sûrement et plus expé- ditivement cette détermination, alors que celle-ci est reconnue comme plus propre à cet office, comme éprouvée, ayant déjà triomphé de difficultés tenues jusques-là pour inextricables?Se contenter de cette forme d'exposition , ce se- rait comme essayer de surprendre une décision fa- vorable.Cette opinion favorable, je ne la désire, je ne l'attends, au contraire , que d'une conviction par- faite : et, pour cet effet, je veux montrer nettement en quoi consistent les procédés des deux méthodes, faire voir quels avantages leur sont définitivement assurés ; un seul exemple le dira suffisamment.Le premier objet que se proposent également les deux méthodes, c'est de savoir quels organes, chez les animaux , correspondent aux organes préala- blement étudiés et anciennement nommés chez l'homme.Le point de départ comme celui d'arrivéene donnent lieu à aucune incertitude.Toutes les parties du corps humain sont connues, et c'est à retrouver également les parties analogues du corps des animaux, à les revoir dans leur concordance i.pâte, ainsi qu'on l'appelle dans sa condition de dissemblance , c'est-à-dire un pied à parties digi- tales, courtes et ramassées, des ongles serrés les uns contre les autres , robustes et se terminant en pointe.Je saute plusieurs intermédiaires pour arriver à ' Cuvier, lecture académique du 5 avril, textuellement tran- scrite dans le feuilleton du journal des Débats , à la date du 6 avril i83o.DISCOURS PRELIMINAIRE.Q objet isolé, que le principe des connexions éclaire de son flambeau, et qui retienne invariablement, nonobstant toutes ses modifications possibles, le fait de sa primitive essence, son caractère philo- sophique d'une composition uniforme.Ceci n'offre aucune difficulté.L'extrémité antérieure se compose , dans tous les animaux vertébrés , de quatre portions : l'épaule, le bras, l'avant-bras , et une portion terminale, formant la main chez l'homme, la griffe dans le chat, une aiîe dans la chauve-souris , etc. Sans m'arrêter aux considérations de forme et de fonctions, qui sont des conditions tout-à-fait secondaires pour le dernier tronçon du membre antérieur, je vois ce tronçon tant qu'il existe : c'est lui qu'abstractivement et tout seul, je considère d'abord; il ne m'échappera pas dans cette condition : car je le surveille, en portant sur lui un auxiliaire inflexible, l'oeil investigateur du principe des connexions.Une barrière est posée par cette donnée fixe : où finit le troisième tronçon, c'est- à-dire, l'avant-bras, commence le quatrième, ou la portion terminale du membre de devant.Avec cet élément anatomique ainsi isolé , ainsi dégagé des considérations de formes et d'usages, considérations toutefois importantes, si elles inter- viennent à leur rang d'études; avec cet élément tout seul , je compare un même fait dans toute la série animale.Je ne m'arrête pas après les fissi- IO DISCOURS PRÉLIMINAIRE.pèdes; je passe, sans la moindre difficulté, à la con- sidération du pied des chameaux, des chevaux, des boeufs.Je vais partout considérer ce même élément anatomique, chez les oiseaux, chez les reptiles , chez les poissons, dans tous les êtres, enfin.N'ayant point disposé de mes heures de travail en dehors de mes occupations habituelles, je ne suis point dans le cas de me conduire , à l'égard de la Nature, s'il m'arrive de ne pas la comprendre, avec quelqu'apparence de générosité; en voulant bien ne pas lui refuser le droit et le pouvoir d'agir comme il lui plaît.Je m'en étais tenu jusqu'ici à une autre manière de me montrer plus sûrement son dévoué interprète.En pareille occurrence , je me défie des faibles lumières de ma raison; je me garde de prêter à Dieu aucune intention : je reste où il me semble qu'un naturaliste ordinaire (i) doit se tenir.Je me renferme dans le devoir de la plus stricte observation des faits ; je ne prétends qu'au rôle d'historien de ce qui est.Et je n'avais pas attendu cette dernière argumentation, qui n'est que la répétition d'une plus ancienne ailleurs, pour m'expliquer à cet égard.Je l'ai fait dans un Fragment sur les existences du monde physique , 1 Pour nous autres naturalistes ordinaires : expressions familières de M. Cuvier, au sein de l'Académie des sciences ; reproduites plusieurs fois, elles ont 'obtenu l'effet qu'on en attendait : mais peut-être beaucoup au-delà des prévisions calculées. DISCOURS PRELIMINAIRE.II lequel a aussi paru dans l'Encyclopédie moderne (Voyez tome 1 7, au mot Nature).Cependant je n'ai encore satisfait qu'à une seule condition, en prenant tout le tronçon terminal du membre de devant comme sujet d'étude compara- tive.Je dois attention à tous les vaisseaux arrivant de l'avant -bras sur cet organe; ils l'ont produit d'abord et le nourrissent toujours.On comprend comment le principe des connexions en limite l'é- tendue : l'un des organes est générateur de l'autre.Voici un autre soin, que prend encore, ou du moins que conseillera de prendre la tbéorie des analogues.Avant de se livrer à des recherches sur les différences, elle aura parcouru une grande partie des faits pour les apprécier dans leurs communs rapports : elle aura remarqué dans quelle famille, ou même dans quelle espèce se trouve le plus grand nombre des matériaux, et de quelle manière ils sont, à titre de connexion , disposés les uns à l'égard des autres; et c'est appuyée sur tous ces documens que la nouvelle méthode de détermina- tion procède sur des organes qu'elle sait exactement comparables.Ces précautions prises , voyez le zootomiste s'en- gager dans les études des cas dissemblables; comme il marche avec certitude sur chacun d'eux !comme il sait mieux et plus complètement leur valeur respective!Car, allant d'une espèce à l'autre, il fait J2 DISCOURS PRÉLIMINAIRE.chaque fois appel de tous les matériaux, et met sur le compte des différences, l'absence ou l'atro- phie des uns, et l'hypertrophie des autres.Il est, par conséquent, préparé à la singularité de ce pouce des atèles qui , dans une espèce , manque entière- ment, et qui, dans une autre, existe encore à titre d'un tubercule rudimentaire.Ainsi, le zootomiste parcourt sans s'étonner toutes les métamorphoses de l'organe qu'il considère; loin de s'arrêter devant le pied du chameau ou du cheval, il le pourrait, au besoin, comparer directement à la main de l'homme ; car il est une donnée qui peut servir de règle.Tout ce qui suit le troisième tronçon de la jambe antérieure forme un ensemble de parties qui se rapportent les unes aux autres, aussi bien dans le cheval que dans l'homme.De cette manière, les précautions prises pour n'avoir point à s'écarter des rapports réels, au pre- mier moment des recherches , profitent au second moment , quand doit commencer l'étude des faits dissemblables.Ainsi, savoir en premier lieu quels sont les rapports , c'est se préparer à mieux con- naître ensuite, à mieux discerner dans quelle me- sure sont les différences pour un organe donné, soit dans telle espèce, soit dans telle autre.Ceci revient à dire que l'ancienne méthode négligeait de prendre toutes les précautions, et que la nouvelle les épuise toutes; que l'ancienne DISCOURS PRÉLIMINAIRE.l3 méthode se donnait son point de départ à priori , et que la nouvelle ne prend confiance dans le sien qu'après qu'elle l'a apprécié par des recherches à posteriori ; enfin que l'ancienne méthode croit le quatrième tronçon de la jambe antérieure compa- rable chez les fissipèdes , avant étude de quelques élémens de conviction à cet effet ; et que la nou- velle, mais seulement après étude, après qu'elle a éprouvé ses élémens de détermination, se porte, sans inquiétude , sur toutes les distinctions carac- téristiques à acquérir.Voyez que désormais rien n'implique plus con- tradiction : car, si, recourant aux procédés de la nouvelle méthode, vous désirez donner une expres- sion brève et précise de vos observations constatant chaque différence, et, par exemple, des changemens de fon' dons , c'est désormais sans la moindre diffi- culté.Et en effet, vous pouvez mettre en avant un organe qui a un nom spécial , qui possède son caractère d'essence à part; qui est toujours lui- même, un être identique, inaltérable en ce point, et cela indépendamment de toutes considérations ultérieures.Ceci posé, vous convient-il d'énumérer tous les changemens de fonctions qu'on aurait re- marqués, et qui ne sont plus que des faits spéciaux , relativement à l'organe choisi comme exemple?vous pourrez vous exprimer avec clarté , et de la sorte : Le dernier tronçon de l'extrémité anté- l4 DISCOURS PRÉLIMINAIRE.rieure est, chez la plupart des mammifères, em- ployé diversement, devenant la pâte du chien, la griffe du chat, la main du singe, une aile chez la chauve-souris, une rame chez le phoque, enfin une portion de la jambe chez les ruminons.Je ne donne pas tout ceci comme nouveau : je me suis déjà plusieurs fois servi de cet exemple.L'argumentation ne l'a pas remarqué; ce n'était pas oubli peut-être.Mais s'il ne lui a pas paru né- cessaire d'y donner attention, ce m'est une raison de plus d'y revenir.De même, je n'entends pas affirmer qu'à force de tatonnemens, et précisément parce que l'on aurait été depuis guidé par les nouveaux principes, l'on ne soit pas avec l'ancienne méthode arrivé enfin de son côté , en ce qui concerne le pied proprement dit des mammifères, aux mêmes con- clusions que la nouvelle.Je ne veux pas contester un fait que j'aurais au contraire appel lé de mes voeux.Ma démonstration n'était possible, et n'est com- plète, qu'autant que j'aurais pu choisir et que j'ai en effet choisi mon exemple, pour comparer les procédés des deux méthodes, dans une oeuvre consommée, dans des études également suivies et ré- ciproquement avouées par les deux écoles.Maintenant on a éclaté par des reproches très vifs.La nouvelle méthode de détermination et la théorie des analogues qui l'aide de son inspira- tion, n'ont rien fait pour telle question : l'on ga- DISCOURS PRÉLIMINAIRE.l5 rantit à l'avance qu'elles seront impuissantes dans tel cas, contredites dans tel autre.Mais en vérité, sont-ce là des reproches légitimes?Cette nouvelle méthode, je la donne comme un instrument de recherches : je n'en recommande l'usage qu'à ce titre.Et elle est effectivement un véritable instru- ment de découvertes, si elle s'appuie toujours avec discernement sur l'intime association de ses règles particulières x .Enfin elle ne serait pas, dit-on, ap- pelée à donner telle solution, à procurer tel autre accès.Cela est possible.Mais, au surplus, il faudrait, pour que cette ar- gumentation pût signifier quelque chose , que les principes aristotéliques, sur lesquels on revient avec tant d'affectation, eussent donné mieux.Or, c'est, depuis deux mille deux cents ans qu'ils sont pro- mulgués , qu'ils auraient ( Argumentation à la date du 11 février) procuré dès ce moment à la zoologie des bases définitivement essentielles.Cependant, qu
Language: French
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OpenAlex ID: W1563971990
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