Year: 2016
Type: article
Abstract: Cet article propose un cadre d’analyse de la sociologie politique de l’émigration. Il met l’accent sur les dualités logées au cœur du phénomène migratoire : les immigrants sont aussi des émigrants, les étrangers au sens juridique (aliens) sont aussi des citoyens, les étrangers au sens social (foreigners) sont aussi des nationaux, les exclus des sociétés de réception sont aussi les membres des sociétés d’origine. De la société d’origine mais n’étant plus dans cette société, les migrants sont des membres dont les connexions transfrontalières et les besoins d’adaptation poussent l’État émetteur à s’élargir au-delà des frontières, mais le fait de résider à l’étranger affaiblit leurs revendications d’appartenance. Dans la société de réception mais n’étant pas de cette société, ils ont accès à des ressources économiques et politiques qui leur permettent d’exercer de l’influence dans la société d’origine, mais en tant qu’étrangers leurs droits sont limités et leur acceptation incertaine, vulnérabilité qui peut s’aggraver lorsqu’un engagement continué à l’égard du pays d’origine suscite la suspicion des nationaux de l’État récepteur. Cette variété de conditions déclenche des interventions des États émetteurs qui cherchent à protéger et à influencer leurs nationaux résidant à l’étranger mais également à répondre aux revendications de ces citoyens à l’extérieur du pays et à les canaliser afin de mieux les récupérer. Cependant, l’extension au territoire d’un pays étranger empêche l’exercice du pouvoir et ne permet que l’exercice d’une influence. Et dans ce cas des interventions même limitées courent le risque d’enflammer les passions des nationaux déjà inquiets par la présence d’une population étrangère parmi eux.
DOI: 10.4000/remi.8385
Author: Roger Waldinger
Language: French
Subfield: Demography
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2283016604
