Year: 1919
Type: book
Abstract: Invasions berbères (Çanhadja) et arabes (Hassanes)L'histoire, même légendaire, de la Mauritanie, ne remonte pas au delà du Xe siècle de notre ère.La tradition rapporte qu'à cette époque le pays compris entre le fleuve Sénégal et le nord de l'Adrar était occupé par un peuple qu'on présume noir : les Bafour.Au sud du fleuve, dans les pays sénégalais, vivait le peuple socé.Le siège du groupement bafour était dans l'Adrar.L'Azougui actuel, à 15 kilomètres au nord-ouest d'Atar, en était la capitale ; la province qui en ressortissait s'étendait entre les villes actuelles d'Atar et d'Oujeft, et était la plus florissante de l'empire.Les villes principales étaient, outre Azougui, qui portait jadis le nom de « Ville des Chiens » (Medinal al-Klab), mais dont on ignore le nom le plus ancien, celui des Bafour, Fouicht et Ntourfin près d'Oujeft ; In Timlel près d'Atar.Ces dénominations à forme arabo-berbère sont les appellations actuelles de puits et n'étaient vraisemblablement pas celles dont usaient les Bafour.On trouve, dans les parages de ces points d'eau, des traces de murs, des amas de pierres travaillées et des débris divers de construction et d'ancien habitat.La tra-XXXVI.1. REVUE DU MONDE MUSULMAN Les Béni Ourtentak étaient là fraction royale depuis Ourtentak, l'ancêtre éponyme.Son fils Qurekkout (ou Araken) et son petit-fils Tilalaguin lui succèdent, et, après avoir soumis à leur autorité les tribus berbères du désert « portèrent « la guerre chez les nations nègres pour les contraindre à « devenir musulmans.Une grande partie des Noirs adopta « alors l'islamisme, mais le reste s'en dispensa en payant la « capitation ».Il s'agit ici évidemment 'des Noirs de l'Adrar désignés par la tradition sous le nom de Bafour.ïTilagaguin eut pour successeur Tiloutan.Il soumit les contrées du désert et obligea les noirs à payer tribut.Il mou* , rut en 837.Son successeur est Ilettan, qui mourut en 900.-Temin, fils et successeur d'Ilettan, régna jusqu'en 918, date à laquelle il fut tué par les tribus çanhadja révoltées.Le Xe siècle est une période de complète anarchie dans la Mauritanie berbère.La dynastie des Ourtentak disparaît pour un instant de l'histoire, et des usurpateurs prennent le commandement des Lemtouna.On cite parmi les plus illustres d'entre eux Tinezoua (ou Berou^an) fils de Ouachnik, fils d'Izar.« Il marchait à la tête de cent mille (?) guerriers, « portés sur des chameaux de race.Sa domination s'éten-« dait sur une région, longue de deux mois de marche, et « large d'autant.Vingt rois nègres reconnaissant son auto-« rite et lui payaient la capitation.Ses fils régnèrent après « lui, et ensuite l'unité de la nation se brisa de sorte que cha-« que fraction et chaque tribu eut son roi.» Un homme « plein de religion et de vertu » nommé Abou Abd Allah ben Tifaout, et généralement connu sous le nom de Narecht, monta sur le trône au commencement du XIe siècle et rallia les partis.« Il fit le pèlerinage de la Mecque et « après un règne de trois ans, périt dans une expédition.» Son gendre, Yahia fils de Brahim le Guedali, lui succéda C'est à lui que revient l'honneur des débuts de l'épopée almoravide.Il réchauffa la piété islamique de son peuple ; TERROUZ BARKANI KHAOU Ancêtre Ancêtre Ancêtre des Trarzas des Brakna des Khaouâouat (fondus) Ce tableau sous les yeux, il n'est pas besoin d'un long commentaire pour expliquer le peuplement hassane de la région Trarza.Le groupement le plus fort, le seul qui compte et qui d'ailleurs donne son nom aux autres est celui constitué par les fils de Terrouz.Il se compose aujourd'hui, comme on le verra par la suite, quand chronologiquement ils entreront en scène, des Oulad Daman et des Oulad Ahmed ben Daman.Mais il faut signaler en outre quelques tentes dispersées ou fondues dans d'autres campements, débris des tribus qui firent successivement sentir leur prépondérance sur la Mauritanie.CHAPITRE II La domination des Hassanes Oulad Rizg (XVe siècle) Le xve siècle paraît dominé : dans le Tiris et dépendances, par les descendants et bandes de Rizg, fils d'Oudeï, fils de Hassan ; dans l'Adrar et le Hôdli, par les descendants et bandes de Daoud, autre fils d'Oudeï.Les Oulad Rizg, comme les appelle la tradition, comprenaient les campements de ses cinq fils, à savoir : les Oulad Merzouq, les Oulad Aid, les Djaafra, les Sekakna, et les Rehamna (ou Rehamin), respectivement issus ou dépendants de Merzouq, Aïd, Djaafer, Sekkoun, et Ralimoun fils de Bassim.Des Oulad Rizg, il convient de dire que subsistent aujourd'hui dans le Trarza, mais fort amoindries numériquement et politiquement, quelques petites fractions restées hassanes indépendantes : les Oulad Moussa, -les Oulad Beniouk, les Oulad Khalifa, les Oulad Ben AH, qui marchent dans le village des Oulad Ahmed Ben Daman.Les autres : Oulad Aïd, quelques tentes Bassim, sont fondues chez les Arroueïjat et dans le Brakna, ou sont Télamides des Ahel Barik Allah ; et enfin quelques tentes Rehamna et Zebeïrat qui ont été réduites, à ,1a suite de guerres malheureuses, 2 l'état de tributaires des Oulad Ahmed ben Daman.Ils son t guerriers néanmoins et marchent en rezzou avec leurs suzerains.Les Oulad Daoud, dont les destinées se sont tournées vers l'Est ont donné naissance à plusieurs des nombreuses et indociles tribus du Hodh (Oulad Allouch...) Ils comprennent en outre le campement des Agcharat, qui marchait de préférence à l'Ouest avec lés Oulad Rizg.Les descendants des Agcharat vivent toujours, sous ce nom et sous celui d'Oulad .**»20 REVUE DU MONDE MUSULMAN Agchar dans l'Adrar et le Trarza.Si la branche de l'Adrar constitue une importante tribu, celle du Trarza n'est qu'une petite fraction d'une dizaine de tentes, inféodée à l'heure actuelle à l'émir Ahmed Saloum III.Les Oulad Rizg et les Agcharat étaient appelés alors Arabes Regueïtat, c'est-à-dire dans la terminologie maure, Arabes qui occupent un territoire inhabité, sorte de zone neutre, sise entre deux Etats auxquels elle n'appartient pas.Cette explication philologique éclaire singulièrement le rôle que, dès les premières années du XVe siècle les envahisseurs arabes, installés approximativement dans FAftout vont jouer, tant vis-à-vis des Berbères du Nord (Tiris et Adrar) que des Noirs du Sud (Chemana, Gorgol et Tagant) .Aux Berbères du Nord, ils font sentir leur présence par de nombreux pillages et par toutesorte d'avanies.Le Chiatnez-Zouaïa rapporte quelques-uns de ces crimes odieux que leur tyrannie (plus spécialement celle des Oulad Bou Ali, fraction des Oulad Rizg) infligea aux Tachomcha.Deux hommes de la famille des Maham ould Kaouïa (Oulad Bou Ali) étaient allés à la chasse, accompagnés de leurs chiens.Comme ils revenaient bredouille, « ils passèrent (i) près d'une « sainte femme des Tachomcha (on dit qu'elle était des Id « Atjfagha) qui faisait ses dévotions, hors du campement des « siens, ayant près d'elle son jeune enfant qui était beau et « bien en chair.Les chasseurs constatèrent que leurs chiens « n'avaient rien mangé de la journée et décidèrent que l'en-« fant leur serait donné en pâture.Ils le coupèrent en deux « parties, et alors la mère de s'écrier : « O mon Dieu, vous « êtes témoin et vous paraissez ne pas voir ».Elle disait « cela, non par hardiesse ou par ignorance, mais en forme « de recours à la Providence.Mais chacun des chasseurs « ayant jeté un quartier de l'enfant à son chien, l'un des « deux animaux dévora sa part et s'en vint disputer la sienne(1) Chiam-ez-Zoaaïa.Traduction IsMAEL HAMET, page 223.REVUE DU MONDE MUSULMAN pas d'accepter rigoureusement ces données, mais on peut en accepter au moins le principe, et constater que, dès le premier siècle de leur arrivée en Mauritanie, les Hassanes poussaient leurs incursions en pays noir, et spécialement pour la région Trarza, traversaient la zone, encore peuplée à ce temps par les Mélaniens, et venaient ravager }es villages bâtis dans la vallée inférieure du Sénégal.Si telle était l'attitude des Oulad Rizg, celle des Berbères, au dire du Chiam-ez-Zoïiaïa était toute différente, et ils avaient pour les peuples noirs libres les mêmes égards qu'ils professaient pour leurs frères Berbères.CHAPITRE III La domination des Oulad Mbarek (XVI* siècle) ê Pendant que les Oulad Rizg faisaient sentir leur prépondérance, une autre branche, issue également d'Oudeï, se multipliait et allait conquérir, vers la fin du XVIe siècle, la suprématie politique , Il s'agit des Meghafra, ainsi nommés parce qu'ils descendent de Maghfar, fils d'Oudeï, et frère par conséquent de Rizg et de Daoud.Ces Meghafra n'ont pas laissé un souvenir trop abhorré.Leur nom, passé dans le langage courant, est synonime aujourd'hui chez les Tolba, de « guerrier valeureux et relativement honnête ».Ils se présentent, dès le premier jour, sous la forme de deux bandes : l'une, composée de la famille et des amis eÇ fidèles de Mohammed, fils d'Amrane, fils d'Othman, fils de Maghfar.Ce sont les Oulad Mbarek.L'autre, composée des familles, amis et fidèles du frère de Mohammed, le nommé Heddaj, fils d'Amrane, fils d'Othman, fils de Maghfra.Cette dernière bande, commandée par les trois fils d' Heddaj : Terrouz, Barkani et Khaou, est encore immobilisée par les dissensions intestines.Elle n'apparaîtra définitivement constituée en corps de tribu, sous le nom de Trarza, Brakna et Khaouaouat qu'un siècle plus tard, c'est-à-dire vers la fin du XVIe siècle.Au commencement de ce xviG siècle donc, la suprématie du Tiris passe aux Oulad Mbarek.Ce n'est probablement pas sans résistance que leurs cousins Oulad Rizg leur cédèrent la place.Ni l'histoire, ni la tradition n'en ont conservé le souvenir, de même qu'elles ne font pas connaître si ces bandes de Meghafra arrivaient alors en Mauritanie en enva-* -X-Le premier iman : Nacer ad-Din (i 644-1 650 environ), Nacer ad-Din, dont le vrai nom était Abou Berk, dit aussi Abehom, fils d'Abhour, était d'origine' lemtouna, c'est-à-dire descendait des hordes berbères de l'invasion d'Abou Bekr ben Omar.Voici sa filiation d'après Cheikh Sidia : Abehom fils d'Atjfara Mohand, fils de Yaqoub, ould Kedam, ould Atjfagha Mohand, ould Yahia, ould Mohond Amrar, l'ancêtre des Oulad Dîman (1).Il avait le teint blanc et le visage fréquem-(1) Sur les Origines des OiiladDiman^ ef'infra.
Source: Ernest Leroux eBooks
Author: Paul Marty
Language: French
Subfield: Anthropology
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
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