Year: 2006
Type: article
Abstract: Le discours médiéval sur les kami a produit de riches représentations iconographiques des divinités. Ces images mettent non seulement au défi l'idée reçue, moderne, selon laquelle le shintō serait une tradition sans images, mais elles témoignent également du fait que de nombreuses manières de visualiser les kami ont été expérimentées au Moyen Âge. De plus, elles mettent au premier plan la variété des performances rituelles relatives aux kami, auxquelles la production de l'imagerie religieuse était liée. Le présent article explore l'iconographie du shintō médiéval en rapport avec le développement du discours visuel de l'ésotérisme, et sa signification épistémologique et sotériologique. Il introduit une énigmatique triade « shintō », dans laquelle Amaterasu est mise au centre, flanquée par les deux Rois de Science (myōō) Fudō et Aizen. Amaterasu est représentée comme une déesse à cheval et elle est identifiée au Bodhisattva Mvaghosa (Memyō). Les deux myōō sont représentés comme ses acolytes, mais ils jouent un rôle crucial dans la construction symbolique de la triade. Cette imagerie se retrouve dans nombre d'ouvrages appartenant au courant tardif de ce qu'on appelle le Ryōbu Shintō, et dans le contexte des rituels du Miwaryù Shintō. C'est une imagerie comportant plusieurs couches d'interprétation, où sont encastrés des mythes, des doctrines ésotériques et des exégèses du Yijing : elle est en fait informée par les idées du yin et du yang et par la notion classique de l'interface entre l'externe et l'interne exprimée dans le Yijing, en même temps qu'elle cristallise des segments de pratiques méditatives de l'ésotérisme. Une analyse détaillée de divers documents traitant de cette triade suggère que cette iconographie shintō était étroitement influencée par les tentatives de l'ésotérisme contemporain pour visualiser les différents stades et les fruits des pratiques rituelles sous forme anthropomorphique. De plus, cette triade pouvait être le point de départ d'un discours sur une « bouddhéité embryologique », qui s'était développé et répandu dans toutes sortes de lignées au cours du Moyen Âge tardif. Les matériaux du Miwaryû montrent que ce discours s'est même prolongé jusqu'à l'époque Edo.
Source: Cahiers d Extrême-Asie
Author: Lucia Dolce
Language: French
Topic: Indian and Buddhist Studies
Subfield: Religious studies
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: green
OpenAlex ID: W2800501789
