Year: 2008
Type: article
Abstract: En français, le verbe vivre est affecté d'une ambiguïté fondamentale puisqu'il désigne à la fois l'être-en-vie (Leben)et l'épreuve ou l'expérience de quelque chose (Erleben).Le vivre oscille entre le participe présent (vivant) et le participe passé (vécu) : l'action que désigne le verbe en affecte le sujet, son faire est passivement reçu sous la forme d'un éprouver.Or l'identité du terme n'est sans doute pas un accident de la langue : elle témoigne d'un sens premier de la vie, d'une unité originaire du vivre, en-deçà du clivage du vivant et du vécu.En ce sens, la tâche d'une phénoménologie de la vie pourrait se résumer dans la nécessité de penser cette unité du vivre par-delà l'actif et le passif, ou ce qu'elle pourrait considérer à tort comme le propre et le métaphorique.Or, force est de reconnaître que la pensée se trouve sans cesse écartelée par cette ambiguïté.2 Puisque la vie se manifeste dans des organismes vivants -et peut-être n'est-elle rien d'autre que ces organismes eux-mêmes -on peut être tenté, pour ce qui est de la caractérisation de la vie, de s'en remettre à la biologie, dès lors qu'elle se donne les organismes vivants pour objet et tente d'en percer le fonctionnement par la mise en évidence de processus bio-chimiques hautement complexes.Une difficulté majeure surgit pourtant.Afin de travailler sur son objet, le biologiste doit d'abord le reconnaître, c'est-à-dire distinguer, au sein du réel, ce qui est vivant et ce qui ne l'est pas.Cette discrimination relève d'une intuition ou d'une expérience qui échappe à l'objectivation puisqu'elle en est la condition de possibilité.Bien entendu, le biologiste pourra toujours justifier après-coup son choix par la présence de certaines molécules au sein des organismes qu'il a d'emblée reconnus comme vivants, mais il demeure que cela ne peut être qu'après-coup, qu'il ne peut donc tirer l'échelle à lui puisque, pour cela, il a d'abord fallu s'appuyer sur elle, bref qu'il ne peut réintégrer le plan phénoménal qui lui a donné accès à la vie au plan objectif de son analyse biologique : la connaissance présuppose une reconnaissance qui est d'un autre ordre qu'elle et qu'elle ne peut donc s'assimiler.Ce qui vaut pour la rencontre avec le vivant vaut a fortiori pour le choix de ce qui, au sein du vivant, doit être étudié, c'est-à-dire de ce qui est biologiquement signifiant.Ce n'est pas l'analyse moléculaire mais bien notre expérience qui nous permet de discerner un geste de préhension, un comportement de fuite ou une attitude Phénoménologie de la vie Noesis, 14 | 2008
Source: Noesis
DOI: 10.4000/noesis.1649
Author: Renaud Barbaras
Institution: Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Language: French
Subfield: Experimental and Cognitive Psychology
Field: Psychology
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W289097098
