Work

Le récit de la Grande guerre dans la littérature canadienne-française/québécoise des années 1919-1999 au Québec

Year: 2003
Type: article
Abstract: Le récit de la Grande guerre dans la littérature canadienne,française/ québécoise des années 1919--1999 au Québec MOURAD DJEBABLA étudiant, maîtrise en histoire UQAM Après quatre années d'une effroyable hécatombe, le travail de deuil des populations des anciens pays belligérants, par son ampleur, a fait éclore un certain nombre de démarches rétrospectives contribuant à établir des expli, cations rassurantes et unanimes à même de pouvoir mettre des mots sur les maux que la guerre avait causés.L'enjeu principal consistait alors à définir de manière consensuelle le sacrifice des soldats de 14 ... 18.Ce besoin de compréhension et d'explication s'est exprimé dès 1919 à travers la mise en place d'une liturgie civile et patriotique du 11 novembre ainsi qu'avec l'érection, principalement dans les années 1920, de mémoriaux de guerre ou tombes vides, si présents tant en Europe qu'au Canada ou au Québec.Mais en dehors de ce discours commémoratif relevant pour Henry Rousso de vecteurs mémoriels institutionnels et associatifs propres à véhiculer un souvenir contrôlé et récupéré par les instances gouvememen, tales, la littérature a fourni un terrain propice à l'expression d'une mémoire plus libre et individuelle de la Première Guerre mondiale 1 • La guerre de 1914, 1918 fut le premier conflit dans l'histoire de l'huma, nité à donner lieu, de la part de tous les anciens belligérants, à une produc, tian écrite aussi importante, reflets, sans doute, de ses répercussions sur la conscience humaine du xx e siècle.Ce ne furent plus seulement des officiers qui rédigèrent leurs mémoires de guerre, mais de simples soldats qui voulurent témoigner de leur expérience de l' « orage d'acier».Des écrivains prétendirent également, par l'écrit, rendre compte de leurs propres senti, ments à l'égard de cet événement 2 • L'INTÉRÊT DE L'ÉTUDE DE SOURCES LITTÉRAIRES POUR L'HISTORIEN La littérature traitant de faits historiques a ceci d'intéressant qu'elle offre, dans la manière dont le sujet est traité et en fonction de ce qui est dit ou des 114 Bulletin d'histoire politique, vol.11, n ° 2 non,dits, un témoignage indirect sur les préoccupations d'une société.N'étant pas historien, l'écrivain reste assez libre quant aux choix carac, térisant son traitement de l'histoire, qui répondent en partie, en dehors de ses sentiments propres, au contexte contemporain dans lequel il évolue et qui influence implicitement ou non son écriture.La littérature est ainsi un outil fort appréciable pour l'historien puisqu'elle lui permet d'aborder une société dans ses rapports au passé.Mais il faut rester conscient du fait que son étude s'avère être une entreprise difficile et délicate.Dans le cas du rapport bien particulier de la société canadienne, française/québécoise avec la Grande Guerre, sur lequel nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de revenir 3 , la littérature apparaît comme un témoin privilégié des évolutions de cette communauté face au souvenir des années 1914,1918.Si nous nous penchons sur l'ensemble des œuvres publiées en français au Québec entre 1919 et 1999 incluant dans leur intrigue l'évé, nement de la Première Guerre mondiale, nous pouvons y percevoir et caractériser l'évolution de la perception, chez l'élite intellectuelle canadienne,française/québécoise, du soldat canadien,français, de la guerre ou de la conscription au Québec.LA PLACE DU SOLDAT CANADIEN,FRANÇAIS DANS LA LITTÉRATURE CANADIENNE, FRANÇAISE/QUÉBÉCOISE Au Québec, le vétéran canadien,français fut le premier à écrire la Grande Guerre.En tant qu'ancien soldat, il avait l'avantage, par rapport à des écrivains restés dans le civil durant le conflit, de pouvoir écrire en connais, sance de cause, donnant alors au récit une valeur de témoignage que Damas Potvin définissait comme « l'histoire de héros écrite pas des héros» 4 • Dès 1919, et ce dans l'ensemble des anciens pays belligérants (ne citons que Roland Dorgelès, Maurice Genevoix ou Ernst Jünger), le vétéran fit du témoignage un genre littéraire.Peu nombreux ont été au Québec les anciens soldats canadiens,français à publier un journal ou des mémoires au sujet de leur expérience du front 5 • À vrai dire, seuls deux vétérans ont entrepris cette démarche et ce, seule, ment en 1919.Il s'agit de Claudius Corneloup avec I.:Epopée du 22e 6 et de Joseph Lapointe avec ses Souvenirs et impressions de ma vie de soldat 7 • Il faut ici remarquer qu'il s'agit de deux hommes du zze.Durant la guerre, Claudius Corneloup fut en effet officier dans ce bataillon et, quant à Joseph Lapointe, d'abord volontaire dans le 1s9e levé en grande partie en Gaspésie, il y fut versé en 1917.Pour ces deux hommes qui ont pris la plume, leur témoignage devait constituer un mémorial en l'hommage de leurs camarades disparus.C'est ce que précisait Claudius Corneloup dans sa préface: Association québécoise d'histoire politique
Language: French
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2964761535
FWCI:
Cites:
Cited by: 1
Related to: 10