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La désinstitutionnalisation : du fou de village aux fous des villes

Year: 2002
Type: article
Abstract: Depuis les réformes sociales issues de la Révolution tranquille, depuis la parution du livre « Les fous crient au secours», par un ex,patient psychiatrique, Jean,Charles Pagé, depuis le rapport de la commission Bédard,Lazure,Roberts sur les hôpitaux psychiatriques en 1962, les portes de l'asile se sont ouvertes et plusieurs milliers de malades mentaux vivent au sein de la société.C'est la désinstitutionnalisation.Cet article retrace le processus désinstitutionnel tel qu'il a été vécu à I:Annonciation,Labelle ainsi qu'à Pointe,aux,Trembles et à la Paroisse Notre,Dame,des,Victoires dans l'Est de Montréal en soulignant à grands traits les fonctions politiques et économiques de cette opération.Processus : enchaînement de phénomènes successifs supposés constituer une chaîne causale et dynamique, le tout afin de produire un certain nom-bre de résultats (Ansart, 1999).La désinstitutionnalisation constitue un mouvement social, que l'on prenne la définition de Blumer (1969), à savoir des entreprises visant à établir un nouvel ordre de vie ou celle de Touraine (1973), c'est,à,dire l'action conflictuelle d'agents de classes sociales luttant pour le contrôle du système d'action historique.Il s'agit bien d'une action historique puisqu'elle introduit une rupture au niveau des rapports sociaux ou tout au moins un remodelage d'un ordre de choses, c'est--à,dire d'un dis, positif de contrôle en milieu fermé, l'asile établi en Occident depuis plus de deux siècles.Le contrôle social est une donnée inhérente à toute organisa-tian de société et varie selon le domaine en jeu: fiscal, éducatif, sanitaire, économique, policier, etc. Pour ce qui est des fous, le contrôle prit la forme d'un enfermement dans des univers concentrationnaires pour tout individu accusant une perturbation comportementale ou discursive désignée sous le vocable de « maladie mentale ».Il existe des normes et des valeurs qui régis, sent la construction de l'anormalité dans une collectivité.Un acte relevant de la « maladie mentale» s'avère un acte qui transgresse la norme acceptée dans une société, un acte qui fait problème, que ne poserait pas ou ne devrait pas poser un individu appartenant à la dite culture. 88 Bulletin d'histoire politique, vol. 10, n° 3Dans une œuvre magistrale, Michel Foucault ( 1971) établit vers 1656 la date de mutation des normes bourgeoises qui allait forcer ce genre de déviants à rentrer dans le rang ou à se réfugier dans les loges des hôpitaux généraux.Une norme étant totalitaire en soi, le comportement du fou ne devait en rien entrer en compétition avec les normes relatives à l'éthique du travail, à la responsabilité, la capacité, la propreté, l'utilisation rentable du temps, la fixation à un lieu déterminé (adresse), l'individualisme du nouvel ordre bourgeois.Ce sont les officiers du roi, les gardiens de la paix qui jugeaient de la normalité du comportement sur le plan économique et moral.Il n'était guère question alors de critères de «maladie» mentale, mais l'évo, lution économique et sociale de l'Europe au xvu e et au xvm e siècles corn, mandait l'institutionnalisation du fou au même titre que celle de toute une k yr ielle de déviants avec lesquels on lui reconnaissait un degré de parenté sémiologique: vagabonds, libertins, prostituées, criminels, etc. Les productifs ne doivent plus être dérangés par les improductifs désormais réformés selon les canons de la morale bourgeoise.Le fou se trouve ainsi banni du circuit des rapports sociaux, à l'instar de tous les individus porteurs, potentiellement ou de fait, de désordre, de violence, de bestialité, de criminalité.C'est cette idée de menace à la dignité humaine, de déchéance, cette peur qui expli, quent les mauvais traitements infligés autrefois au fou et son enfermement à l'asile, attaché au mur par le cou ou les pieds (Ellenberger, 1978).Le fou est frappé de perversité morale avant d'entrer dans la nosologie médicale.Cette déviance constitue bel et bien un problème philosophique et social avant d'être une « maladie».André Cellard ( 1989) qui, dans une thèse de doctorat, examine entre autres le comportement des Amérindiens à l'égard de leurs fous, aboutit à peu près à la même conclusion.La communauté cesse d'être compatissante pour devenir très sévère quand le fou est furieux, agité et qu'il représente un élément de danger pour l'équilibre de la collectivité.Le malaise constitué par la perturbation discursive et comportementale du fou fait alors problème à l'organisation sociale.Plus encore, il s'agit d'une menace à la cohésion sociale basée sur le partage de valeurs communes.Or l'État ( Chevallier, 1999) incarne le principe d'ordre et de cohésion sur lequel repose l'existence de la société.L'on peut facilement s'inspirer d'une réflexion de Georges Duby (1978) à propos de l'imaginaire du féodalisme.Selon cet auteur, l'ordre céleste (l'Église), l'ordre social (le pouvoir civil), l'ordre militaire protègent de différentes manières la sécurité de la société en contrôlant les exclus du corps social, les forces du mal, risques de désordre.Entre ces trois ordres existe un enchaînement de relations à même d'assurer un courant vers la per, fection, la « purification progressive».La société des hommes tend à repro, du ire l'ordre céleste et à assurer la victoire du bien sur le mal, de la raison sur Association québécoise d'histoire politique
Author: Henri Dorvil
Language: French
Field: Psychology
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2969292773
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