Year: 1999
Type: article
Abstract: Laurent Bazin -Cela va faire maintenant dix ans que le régime de Ceausescu est tombé, en décembre 1989. Je te propose de tracer un tableau général de la recomposition des principes hiérarchiques dans la société roumaine qui fait suite au passage à l'économie de marché. Je vais commencer par une question concernant les couches sociales dominantes et, parmi elles, la situation des fractions sociales intellectuelles. Durant la période communiste, et singulièrement durant la dernière période, le principal critère de hiérarchisation sociale est la conformité politique. Dans le cadre de la poursuite du projet d'homogénéisation et d'égalisation face à l'Etat, les compétences particulières se trouvent niées et subordonnées à cette conformité politique. Dans les années quatrevingt, on assiste à une dévaluation de la valeur des diplômes et même à la déqualification de certains intellectuels 1 . Est-ce que la période post-communiste se caractérise par une réhabilitation des compétences, donc par une revalorisation des couches sociales diplômées ou des professions intellectuelles ? Dans le même temps, ces couches sociales sont soumises, comme tous, à la précarisation de leurs conditions économiques d'existence. N'assiste-t-on pas à une nouvelle subordination qui obéirait non plus à un principe d'allégeance et de conformité politiques, mais à une logique de soumission aux règles économiques du marché ? Comment les sujets eux-mêmes vivent-ils ces transformations et quel sens leur donnent-ils ?2 Gérard Althabe -Dans le cadre du régime de Ceausescu la hiérarchisation ne se jouait que dans la relation au pouvoir.Il y avait une volonté très forte d'homogénéisation : il fallait d'abord que les gens soient définis comme égaux dans la relation au pouvoir et ensuite le pouvoir créait les différences.Les marques économiques -le fait d'avoir une maison, une voiture -n'avaient de sens que parce qu'elles signifiaient la proximité au pouvoir politique.Le seul élément qui sortait de ce schéma, c'était les intellectuels qui reproduisaient leur position à travers les diplômes.Comme tu l'expliquais, le régime a tenté sans arrêt de délégitimer le diplôme universitaire tout en le maintenant : il faut Un paysage social incertain : la Roumanie post-communiste Journal des anthropologues, 77-78 | 1999 5Dans ta question, c'est la structure qui se joue et le fait qu'elle se décompose objectivement.Elle continue à être le cadre d'interprétation de la situation actuelle, d'où cette espèce de tension, avec en plus l'effondrement de la figure de l'intellectuel.Dans le système communiste il y avait une production littéraire énorme, des traductions très nombreuses.Les livres traduits à cette époque-là, on les retrouve actuellement en vente sur les trottoirs de Bucarest.On traduisait tout : le théâtre, les productions de films.Il y avait tout un jeu compliqué de rapports avec la censure de sorte que certains arrivaient à s'aménager une certaine autonomie.Tout cela Un paysage social incertain : la Roumanie post-communiste
Source: Journal des anthropologues
DOI: 10.4000/jda.3085
Authors: Laurent Bazin, Gérard Althabe
Language: French
Subfield: Sociology and Political Science
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W306801523
