Year: 2020
Type: article
Abstract: Compositeur et chef d'orchestre Secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts « Il nous faut une culture qui démocratise » Damien Ehrhardt : Dans quelle mesure la musique est-elle un moyen de communication ?Laurent Petitgirard : La musique est certainement le moyen de communication qui demande le moins d'explications.C'est sa grande force, qui se perd lorsqu'elle est précédée de deux heures d'explications pour écouter dix minutes de musique.Pour moi, la force de la musique c'est précisément ce sentiment immédiat et direct qui touche l'âme et l'esprit, cet aspect universel qui baigne aussi dans une culture générale.Dans la musique écrite pratiquée par un chef d'orchestre ou un pianiste, le respect du texte est essentiel.Une approche consiste à se poser la question de ce qu'ont fait les autres avec ce texte et ce qu'on va bien pouvoir faire d'original avec celui-ci.Une autre approche, plus cohérente, consiste à s'interroger sur la volonté et les indications du compositeur.Et finalement, le sentiment personnel de l'interprète se mêle à tout cela, bien que l'idée de base soit le respect de la pensée du compositeur ou le prolongement de sa pensée.L'instrument du chef est l'orchestre.Or, si le chef fait carrière, il va passer son temps à diriger des orchestres aux traditions, aux habitudes et aux répertoires nationaux différents.J'ai le souvenir d'avoir donné un concert, un dimanche après-midi, avec l'orchestre de l'Opéra de Turin et d'avoir répété le lendemain avec l'Orchestre philharmonique de Baden-Baden.J'ai eu besoin de dix minutes pour me réadapter tant la réactivité immédiate d'un orchestre italien est différente de celle d'un orchestre allemand entraîné à jouer dans « le fond du temps », c'est-à-dire nettement après la pulsation donnée par le chef d'orchestre.Quand vous passez de l'un à l'autre, c'est extrêmement difficile.Claudio Abbado m'a expliqué cela un jour.L'orchestre des jeunes qu'il avait fondé, le Gustav Mahler Jugendorchester, a voulu lui faire une blague, en toute amitié.Au début de l'ouverture Coriolan de Beethoven, les musiciens ont tous fait semblant de jouer.Comme le son n'arrivait pas, Abbado continue son geste, tombe et se fait mal.Les jeunes en étaient désolés !Mettez-vous à un carrefour à Rome au moment du passage piéton et mettez-vous à un carrefour à Berlin, dans la même situation.Si les Italiens passent avant même que le feu se mette au vert, les Allemands attendent même si aucune voiture ne passe.C'est à peu près la même chose pour les orchestres.Mais ne vous y trompez pas : ce délai entre le geste et l'arrivée du son donne de grands résultats, car il place le chef 104
Source: Hermès
Author: Laurent Petitgirard
Language: French
Subfield: Music
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W3082417682
