Year: 2020
Type: article
Abstract: Pour estre exactement docte en vostre science, Les barbiers, les maçons en un jour y sont clers, Tant vos misteres saincts sont cachez et couvers !Il faut tant seulement avec hardiesse Detester le Papat, parler contre la messe, Estre sobre en propos, barbe longue, et le front De rides labouré, l'œil farouche et profond, Les cheveux mal peignez, un soucy qui s'avalle, Le maintien renfrongné, le visage tout palle, Se monstrer rarement, composer maint escrit, Parler de l'Eternel, du Seigneur, et de Christ, Avoir d'un reistre long les espaules couvertes, Bref estre bon brigand et ne jurer que certes.(Pierre de Ronsard, « Remonstrance au peuple de France », dans id., Discours.Derniers vers, Paris, Garnier/Flammarion, 1979 [1563], v. 194-204, p. 100) dossier Le contact et l'écart : penser la religion sous le regard du tiers s'agira enfin de ressaisir comment les approches rassemblées dans le présent dossier consacré à « La religion sous le regard du tiers » envisagent celle-ci.Si la religion n'existe que parce qu'elle a été d'abord communiquée (Jacques, 1979), elle ne peut que s'exposer -ne serait-ce que pour le « gagner » -au regard du tiers, qui voit, ou ne voit pas, comprend, ou ne comprend pas.Comme nous peut-être.N'en déplaise à Jacques Derrida (2016) qui, dans Surtout, pas de journalistes !, voulait que le « sacrifice » d'Isaac -plus justement la ligature (akedah) d'Isaac -sur le mont Moriah échappe à tout regard, ne fasse l'objet d'aucun récit, ne tombe pas sous l'emprise spéculaire des « journalistes », reste dans l'intimité d'une relation intérieure avec le dieu, c'est bien ce regard porté, dans l'écart, sur le religieux, et la façon dont celui-ci s'en modifie, qu'il faut examiner ici, tel qu'il se forme et se développe.Petite phénoménologie urbaine du « religieux » Au sortir d'un supermarché, nous nous engageons sur la 14 e rue en direction de Thomas Circle Park.Ma fille et moi déambulons en touristes à Washington DC.Nous longeons Luther Place Memorial Church, une église néo-gothique érigée après la guerre de Sécession en signe de réconciliation.La façade porte haut les couleurs du drapeau arc-en-ciel, signalant aux passants qu'elle abrite une paroisse luthérienne se voulant gay-friendly, inclusive et progressiste.L'une des portes arbore une représentation naïve de Martin Luther King Jr. grandeur nature, le visage ceint d'une auréole dorée.Nous nous arrêtons pour la contempler.Bucolique et tragique, la scène dépeint le prédicateur s'engageant sur un chemin qui serpente à travers une colline fleurie au sommet de laquelle trois croix sont érigées.Nous reprenons notre course et dépassons la statue de Martin Luther, le Réformateur du 16 e siècle, qui veille sur le parc attenant à l'église.Au moment d'emprunter la diagonale de Massachusetts Avenue, nous apercevons un couple dans la vingtaine qui se dirige dans la direction opposée à la nôtre.Mon regard est obnubilé par la casquette rouge du jeune homme, un grand gaillard au teint mat, qui me fait l'impression d'un étudiant en vacances.Sur le moment, son apparence estudiantine me paraît entrer en contradiction avec la couleur du couvre-chef : en cette veille de 4 juillet, nous nous amusons à tenir le compte des partisans du président Donald Trump qui déambulent dans les rues de la capitale coiffés d'un « Make America Great Again ».De plus près, la casquette porte l'inscription d'une équipe universitaire de baseball.Je confie à ma fille m'être trompé en croyant avoir repéré un autre « Maga ».Du haut de ses treize ans, elle me rappelle au bon sens, me signalant le hijab coloré de la jeune femme : « Ce ne sont pas des supporters de Trump, ils sont musulmans !»
Source: Questions de communication
Authors: David Douyère, Philippe Gonzalez
Institutions: Université de Tours, University of Lausanne
Language: French
Subfield: Philosophy
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: hybrid
OpenAlex ID: W3099194752
