« De mes pleurs vous ne vous rirez plus » : le Cas Antiochus
Year: 2021
Type: article
Abstract: Antiochus a mauvaise réputation. Il est communément tenu pour un nigaud qui condamne à cause de ses pleurnicheries Bérénice à n’être qu’un drame élégiaque et galant. Une analyse sur nouveaux frais de son personnage permet d’en proposer une tout autre lecture. Parèdre de Bérénice, atteint par la corruption foncière des passions, il est néanmoins un amant exemplaire et le premier à se résoudre à la « séparation » qui constitue l’action de la pièce selon Racine. Il préfigure un itinéraire de l’amour de soi vers l’amour pur qui fait de Bérénice une tragédie profondément augustinienne et authentique exposant le choix auquel la créature est confrontée entre deux cités. Les larmes d’Antiochus invitent finalement à déceler dans l’œuvre, bien avant Phèdre, des incrustations du Dies irae, et en particulier du motif du Lacrimosa développé à la fin du poème liturgique. Cette constatation fait prendre conscience d’une innervation spirituelle obstinée du théâtre racinien, au moins à partir de Britannicus. Influencé par l’exégèse figuriste employée à Port-Royal pour lire textes sacrés et profanes, marqué par la pensée de Saint-Cyran, Racine instruit la cause du vieil homme, entre endurcissement philosophique et aptitude au ravissement de l’amour. Longtemps errant, sur le point de quitter Rome pour retrouver l’Orient et ses déserts, Antiochus se dresse alors comme une figure exemplaire et puissamment « touchante » d’homme « renouvelé ».
Source: Études Épistémè
Author: Laurence Plazenet
Language: French
Subfield: Literature and Literary Theory
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W3213509891
