Year: 2007
Type: article
Abstract: Philippe Lacoue-Labarthe est mort -et nous ne comprendrons jamais ce que cela veut dire, cet être-mort.Cette impossibilité de comprendre un énoncé de ce genre, « un énoncé qui fait césure », dit Philippe Lacoue-Labarthe, un énoncé comme : Philippe Lacoue-Labarthe est mort, ce défi inconditionné à notre faculté d'intelligence vaut pour chacun, bien sûr.Elle vaut, cette impossibilité de prendre avec soi, sur soi, en plein cœur de soi, elle vaut pour chaque mort et elle est à chaque fois, pour chaque mort, d'une singularité inouïe et terrible, à chaque fois ni mienne, ni tienne ni sienne ni nôtre, inappropriable dans son extériorité nue, pure.Je vais dire quelque chose qui risque d'abord d'être malentendu ou de paraître inconvenant, peut-être : Philippe Lacoue-Labarthe vivant -en tout cas pour moi qui ne l'ai connu, ce qui s'appelle connaître, que dans les dernières années, à Strasbourg et pas, ou si peu, avant -Philippe Lacoue-Labarthe vivant portait ou signifiait ou incarnait, si j'ose, quelque chose de cet « énoncé qui fait césure » : Philippe Lacoue-Labarthe est mort.Comme s'il y avait avant la mort, en plein dans la vie, dans sa vie, une trouée sensible, la vibration et l'intensité d'un flux excédant toute vie, débordant la vie, un plus-que-la-vie qui disait, qui aurait dit : ego sum moribundus.À ce plus-que-la-vie à quoi j'associe aujourd'hui Philippe Lacoue-Labarthe est mort, seul un vivant aussi vivant que lui, et parce qu'il était vivant comme personne, pouvait énigmatiquement et presque exemplairement ouvrir, de son vivant, sans le vouloir sans doute ni même le savoir ou le pouvoir vraiment.C'est lui, c'est bien lui qui nous dit que « l'énoncé qui fait césure (34)
Source: Lignes
Author: Gérard Bensussan
Language: French
Subfield: Literature and Literary Theory
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W4231257574
