Year: 1984
Type: article
Abstract: CampsÊtre berbère 1 Les premières mentions des populations que, depuis la conquête arabe, nous appelons berbères, remontent à l'antiquité pharaonique.Dès l'Ancien Empire, les Egyptiens étaient en relations étroites, tantôt guerrières, tantôt pacifiques, avec leurs voisins de l'Ouest, ces Lebou ou Libyens, Tehenu, Temehu, Meswesh, subdivisés en de nombreuses tribus.Ces événements historiques, en particulier la tentative d'invasion du Delta par Meryey, en l'an 5 du règne de Mineptah (1227 avant J.-C), nous ont valu des précisions, des noms de personnages, des descriptions, par l'image et les hiéroglyphes, qui ont valeur historique et ethnographique.L'aspect physique, l'équipement, les vêtements, les armes des Lebou nous ont été transmis avec une précision quasi-photographique ; les tatouages mêmes sont figurés. 2Les millénaires ont passé et malgré les vicissitudes d'une histoire particulièrement riche en conquêtes, invasions et tentatives d'assimilation, des populations du même groupe ethnique, les Berbères, subsistent dans un immense territoire qui commence à l'ouest de l'Egypte.Actuellement des populations parlant une langue berbère habitent dans une douzaine de pays africains, de la Méditerranée au sud du Niger, de l'Atlantique au voisinage du Nil. 3Cette région qui couvre le quart nord-ouest du continent n'est pas entièrement berbérophone, loin de là !Aujourd'hui, dans cette région, l'arabe est la langue véhiculaire, celle du commerce, de la religion, de l'État, sauf dans la marge méridionale, du Sénégal au Tchad.Ainsi, les groupes berbérophones sont isolés, coupés les uns des autres et tendent à évoluer d'une manière divergente.Leur dimension et leur importance sont très variables.Les groupes Kabyle en Algérie, Braber et Chleuh au Maroc, représentent chacun plusieurs centaines de milliers d'individus tandis que certains dialectes, dans les oasis, ne sont parlés que par quelques dizaines de personnes.C'est la raison pour laquelle les cartes d'extension de la langue berbère n'ont pas grande signification.Le territoire saharien couvert pas les dialectes touaregs Avertissement Encyclopédie berbère, 1 | 1984 7On peut donc affirmer qu'à un moment ou à un autre, les ancêtres des Berbères ont eu à leur disposition un système d'écriture original qui s'est répandu, comme eux, de la Méditerranée au Niger.8 L'autre argument qui pourrait être présenté à ceux qui, contre toute évidence, nieraient l'ancienne extension du berbère est donné par la toponymie : même dans les pays entièrement arabisés il subsiste toujours des noms de lieux qui ne s'expliquent que par le berbère.Avertissement Encyclopédie berbère, 1 | 1984 Donc, le berbère, auparavant omniprésent a, au cours des siècles, reculé devant l'arabe, mais le Maghrébin, même arabisé, se distingue toujours, et des Arabes de la Péninsule, et des Levantins, arabisés plus tôt que lui.En fait, dans la société musulmane nordafricaine et saharienne, il existe des Maghrébins arabophones ou arabo-berbères et des Maghrébins berbérophones qui conservent le nom de Berbères que les Arabes leur donnèrent.10 Parmi les Arabo-berbères, qui ne constituent pas plus une entité sociologique que les Berbères, on distingue un groupe ancien, citadin, aux origines souvent très mêlées, car il faut tenir compte dans les villes des apports antérieurs à l'Islam, des réfugiés musulmans d'Espagne (Andalous) et des nouveaux venus généralement confondus sous le nom de Turcs, bien qu'ils fussent, pour la plupart, des Balkaniques et des Grecs de l'Archipel.Il existe aussi des groupes sédentaires, cultivateurs.Il existe enfin des nomades, ceux qui, dans le nord du Sahara (Regueibat, Chaamba, Ouled Sleman) sont les plus proches, linguistiquement et culturellement, des tribus arabes bédouines.C'est parmi ces derniers que l'on peut trouver d'authentiques descendants des Solaīm et des Māq‛il.11 A côté de ces populations arabes ou arabisées, vivent des sociétés berbères qui sont, comme elles, toutes musulmanes, à l'exception des anciens Guanches des îles Canaries qui furent à la fois évangélisés et hispanisés, et quelques rares familles kabyles converties au christianisme à la fin du XIX e siècle.Ces Berbéries sont encore plus diverses que les groupes arabo-berbères.Parmi ces populations qui parlent des dialectes divers mais suffisamment apparentés pour être tous qualifiés sans hésitation de berbères, on reconnaît tous les genres de vie traditionnels des pays méditerranéens et subtropicaux.Des cultivateurs arboriculteurs sont de vrais paysans attachés à leur terroir, comme les montagnards kabyles ou riffains, hommes de l'olivier et du figuier, ou comme le jardinier de l'oasis soucieux de ses palmiers dattiers, de ses abricotiers et de ses carrés de légumes, mais il y a aussi des céréaliculteurs de montagnes arides comme les Matmata du Sud tunisien, les Chleuhs de l'Anti-Atlas marocain qui savent, les uns et les autres, construire des terrasses sur les versants escarpés pour conserver et les terres et l'humidité ; d'autres régions connaissent des arboriculteurs-éleveurs, semi-nomades, tels que les Chaouïa de l'Aurès qui doivent leur nom, arabe, à leur vie pastorale (Chaouïa veut dire bergers).Quel contraste entre ces rudes montagnards et cette société citadine saharienne qui s'est spécialisée dans le négoce transsaharien et le petit commerce dans le Tell algérien, ces Mzabites dont le particularisme religieux (ibadisme) explique l'isolement et la spécialisation économique !D'autres pasteurs montagnards pratiquent une longue transhumance, comme la puissante confédération des Aït ‛Atta dans et autour du Djebel Sarho (Sud marocain) ou les Beni Mguild du Moyen Atlas.De grands nomades sahariens, enfin, élèvent des troupeaux faméliques de chameaux et de chèvres ; pour eux les razzias furent, et jusqu'au début du siècle pour les Touaresg, le complément normal des faibles ressources arrachées à une nature inhumaine.Avertissement Encyclopédie berbère, 1 | 1984 26 Sans rechercher les origines mêmes de l'homme en Afrique du Nord, nous devons cependant remonter allègrement les millénaires pour comprendre comment s'est constitué le peuplement de cette vaste région actuellement pincée entre le désert et la Méditerranée.Plaçons-nous au début de l'époque qu'en Europe les préhistoriens nomment Paléolithique supérieur : à ce moment vit déjà au Maghreb un homme de notre espèce, Homo sapiens sapiens, plus primitif que son contemporain européen, l'Homme de Cro-Magnon et qui est l'auteur de l'Atérien, culture dérivée du Moustérien.Cet homme atérien découvert à Dar es-Soltan (Maroc) présente suffisamment d'analogies avec l'homme moustérien du Djebel Irhoud pour qu'on puisse admettre qu'il en soit issu.Plus intéressante encore est la reconnaissance d'une filiation entre cet Avertissement
Source: Encyclopédie berbère
Author: G. Camps
Language: French
Subfield: History
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: hybrid
OpenAlex ID: W4243525706
