Year: 2019
Type: article
Abstract: Plus que d'une étude scientifique au sens strict, l'ouvrage de Monique Slodzian relève de l'essai critique, marqué par une liberté de ton surprenante, qui tourne parfois à la fronde, voire au manifeste.Sa principale qualité est sans doute de mettre en lumière de jeunes écrivains russes assez peu connus en Occident, bien que leurs œuvres soient de plus en plus traduites : Zakhar Prilepine, Sergueï Chargounov, Guerman Sadoulaev, Roman Sentchine, Mikhaïl Elizarov (faussement orthographié Elizator à deux reprises) et Andreï Roubanov.Ils constituent, aux yeux de Slodzian, les représentants-phares d'une nouvelle génération de prosateurs, unis par un ensemble de revendications tant esthétiques que politiques, et surtout par une même « rage », une même colère à l'encontre de la Russie actuelle, postsoviétique, et surtout de ses dirigeants, tant politiques qu'économiques.Comme les travaux en français sur la littérature russe contemporaine restent rares (à l'exception de quelques articles et recueils d'articles, comme Le premier quinquennat de la prose russe du XXI e siècle, dir.Hélène Mélat, Paris : IES, 2006), on ne peut que saluer la parution d'un tel livre.De même, l'intention initiale de Slodzian, telle qu'exprimée en quatrième page de couverture, est louable : il ne s'agit pas seulement de présenter et d'analyser ces auteurs et leurs œuvres, mais aussi de faire entendre « ces voix parfois dissonantes à nos oreilles occidentales », d'en démêler les paradoxes, de changer de perspective et d'approche, afin de « se donner une chance de voir autrement le monde russe ».S'écarter des ornières, modifier les angles de vue, offrir un autre regard sur la Russie que celui qui domine dans les médias occidentaux et, pour ce faire, s'appuyer sur la littérature russe contemporaine ?Il paraît difficile de ne pas adhérer au projet.Toutefois, celui-ci ne remplit qu'une partie des objectifs qu'il se fixe, puisque la littérature y occupe malheureusement une place mineure au regard des questions socio-politiques, largement dominantes.Cette préséance du politique sur le littéraire est sans doute dictée par les auteurs traités, à commencer par Prilepine et Chargounov, justement en tête de la « galerie de portraits » qui clôt l'essai.L'un comme l'autre, dans une ligne héritée d'Edouard Limonov qui fut un temps (mais un temps seulement !) leur maître à penser, ne sont pas seulement des écrivains, mais aussi des personnalités publiques politiquement engagées, actives dans la rue autant que dans les medias, et en particulier sur la toile.Slodzian n'a certainement pas tort de les inscrire « dans la tradition des grands Connexe_IPM_05062015.
Institution: University of Geneva
Language: French
Subfield: Education
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W4252654938
