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« L’espace est resté voyou »

Year: 2020
Type: article
Abstract: Espace.Malheureusement l'espace est resté voyou et il est difficile d'énumérer ce qu'il engendre.Il est discontinu comme on est escroc, au grand désespoir de son philosophe-papa.» Georges Bataille, Documents, n o 1, 1930, p. 41 1 La mémoire et l'écriture de l'histoire sont au cœur du travail d'Arno Gisinger et la photographie, par les relations singulières qu'elle noue entre le passé et le présent, y joue un rôle primordial.Elle lui permet d'explorer les vestiges autant que de mettre au jour l'absence et l'oubli ; elle lui sert à interroger les traces du passé aussi bien que les actions multiples qui conditionnent notre rapport à ce dernier, ces gestes divers et contradictoires de commémoration, de refoulement ou d'effacement des drames et des responsabilités passés.Qu'elle vienne réactiver des archives, révéler des espaces, des objets ou des témoignages oubliés, ou qu'elle soit là pour rapprocher sans cesse des moments séparés dans le temps, la photographie devient entre ses mains un instrument au service du travail historien 1 .2 Toute photographie est cependant elle-même un objet inscrit dans l'histoire : sa compréhension est tributaire non seulement du temps dans lequel elle se situe, mais aussi de l'histoire longue des images et des formes de leur monstration qui ne manque jamais d'en imprégner le sens.C'est aussi à cette mémoire-ci que se confronte l'œuvre d'Arno Gisinger.L'un de ses terrains de prédilection est en effet l'exposition, dont la mise en forme est pour lui indissociable de celle de ses images et qu'il envisage toujours comme la rencontre singulière d'une représentation et d'un lieu spécifiques.Depuis près d'un quart de siècle, ses installations ont convoqué des formats et des traditions très divers, revisitant aussi bien la riche histoire de l'accrochage photographique que celle de formes plus anciennes du spectacle visuel.Olivier Lugon : Qu'est-ce qui vous a conduit à étendre très tôt votre travail de photographe à une réflexion sur les modes de présentation spatiale des images ?Arno Gisinger : Si je travaille depuis longtemps sur les questions de la mise en espace des images photographiques c'est précisément parce que je vois une relation très étroite entre l'espace et la mémoire.Nous connaissons les traditions occidentales des arts de la mémoire depuis l'Antiquité sous forme de la « méthode des lieux » dont Simonide de Céos serait l'inventeur.Nous parlons d'une mémoire spatialisée dans laquelle la mémorisation s'opère grâce à des lieux et des images.Mais il ne s'agit pas simplement d'une question mnémotechnique.François Boutonnet, dans son livre
Source: Focales
Language: French
Subfield: Museology
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W4285672386
FWCI: 7.475
Cites: 3
Cited by: 3
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