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« For ever Müller » au théâtre des Ateliers

Year: 2022
Type: article
Abstract: Ouvert à la fin de l'année 1975, à la faveur d'un « accident historique », selon les propres mots de son directeur, Gilles Chavassieux, le théâtre des Ateliers n'a pas cessé depuis de proposer au public une programmation éclectique, à la fois curieuse et exigeante, ouverte à l'inattendu, dans le champ des écritures contemporaines, françaises et étrangères.Dans les années 70, quand Gilles Chavassieux quitte la compagnie de Roger Planchon pour créer les textes qu'il a envie de porter à la scène, il cherche un endroit où installer sa compagnie fraîchement formée, déjà nommée « compagnie des Ateliers ».Mais en ce temps, à Lyon et dans ses environs, on ne se presse pas pour accueillir et promouvoir ces artistes, désireux d'ouvrir le théâtre à un public populaire et rajeuni : à l'heure où les Célestins, qui offrait alors une programmation très conventionnelle, et le TNP de Villeurbanne, dominent massivement la vie théâtrale lyonnaise, les portes se ferment sur ces partisans d'un renouveau dans les arts du spectacle vivant.L'heureux accident survient alors que le quartier des quais Saint-Antoine, où se situe le théâtre aujourd'hui, est sur le point d'être détruit et remplacé par des bâtiments de construction moderne.Les habitants se mobilisent et résistent à la pression des promoteurs : le quartier est sauvé, sous l'impulsion d'André Malraux, qui en classe certains éléments sous le label des « monuments historiques ».Le quartier s'est néanmoins vidé de ses commerces et de ses habitants : il y a une place à prendre, et Gilles Chavassieux la trouve dans les murs de l'ancien théâtre de Guignol.La municipalité ne peut plus s'opposer à l'investissement du lieu : il fonde alors le théâtre des Ateliers, qui devient vite le lieu de l'avant-garde lyonnaise.Ce théâtre qui offre deux salles au cœur de la presqu'île -aujourd'hui la salle Arthur Adamov de 220 places et la salle Bernard Dort de 100 places -conjugue à ses débuts théâtre et cinéma.On peut venir y voir des pièces jouées nulle part ailleurs à Lyon : Si l'été revenait d'Arthur Adamov, ou le Surmâle d'Alfred Jarry, qui font événement et salle « For ever Müller » au théâtre des Ateliers Agôn , Points de vue 1 comble.On projette le film India song, en présence de l'auteur, Marguerite Duras.En dépit des difficultés financières, le théâtre résiste et ne ferme jamais, jusqu'à ce qu'il reçoive un appui décisif de l'Etat à la suite des élections présidentielles de 1981.Espace privé, dont la liberté ne saurait être bridée par aucun partenaire, les Ateliers ont conservé cette vocation pour un spectacle vivant qui dérange, provoque l'inattendu, la surprise, qui questionne la société, et en éloigne, au moins pendant quelques instants, la menace de la sclérose.La programmation prend des risques et multiplie les paris pour faire emprunter aux spectateurs des chemins détournés, en dehors des pistes toutes tracées.On ne peut que constater, qu'avec le temps, la démarche de Gilles Chavassieux a fait école, puisque nous pouvons aujourd'hui nous rendre dans plusieurs autres théâtres dédiés à la création de textes contemporains dans l'agglomération lyonnaise.La singularité des Ateliers demeure pourtant et persiste dans le renouvellement : la saison 2009-2010 offre une programmation brillante, d'auteurs français et étrangers avec lesquels il faut compter désormais.Fabrice Melquiot, Sonia Chiambretto, William Pellier, Frédéric Sonntag, Jean-Charles Massera, dont on entend beaucoup parler en ce moment, et le projet étonnant de Nicolas Bouchaud et Michel Butel à partir des textes de la revue mythique « L'autre journal », illustrent la diversité de l'écriture théâtrale française d'aujourd'hui.Le spectacle de Simon Delétang consacré à Heiner Müller s'inscrit dans la continuité des liens, qui semblent particulièrement étroits, entre le théâtre des Ateliers et les dramaturges de langue allemande, qui jalonnent le parcours de Gilles Chavassieux -Fassbinder, Brecht, Schnitzler, Dorst, Kroetz, Müller, Schimmelpfennig récemment, et l'autrichien Turrini à venir cette saison.La 10 e édition des Européennes, festival de lecture et de mises en jeu qui met à l'honneur des auteurs européens de multiples langues et nationalités, sera une fenêtre, toujours plus grande, ouverte sur l'ailleurs.L'histoire des Ateliers se poursuit donc avec l'audace et le désir de renouveau de ses débuts : depuis septembre 2008, cette envie s'incarne dans le choix de Simon Delétang comme co-directeur.Toujours plus de créations, et de productions de jeunes metteurs en scène : tel est le projet que portent ensemble les deux hommes à présent. Simon Delétang et For Ever MüllerParcours Sorti de l'Ensatt en 2002, Simon Delétang façonne son parcours à la faveur des compléments de formation reçus au Conservatoire National des Arts Dramatiques de Paris (2005-2007) et surtout sans doute, à travers ses propres expériences de metteur en scène et de comédien.La co-direction des Ateliers qui lui est échue en 2008, et son entrée dans le Collectif artistique de la comédie de Reims en 2009 semblent être les récompenses qui sanctionnent un travail obstiné, et reconnaissent la construction d'une identité forte et singulière dans le champ des créations théâtrales d'aujourd'hui.Le fil directeur dans l'ensemble des textes qu'il a produits pourrait être leur caractère proprement scandaleux, âpre, résistant à une assimilation facile.Il quitte ainsi l'Ensatt sur une mise en scène de Roberto Zucco, de B.-M. Koltès, pièce qui provoqua une onde de choc en son temps.Il choisit en 2003 Fairy Queen d'Olivier Cadiot, en 2006 Petit camp de Pierre Mérot, ovni littéraire susceptible de provoquer terreur et dégoût chez les lecteurs non avertis... Il passe par la folie de Woyzeck monté au Point du Jour en 2004, « For ever Müller » au théâtre des Ateliers Agôn , Points de vueLe tryptique « coup de poing » Avec ce tryptique, Simon Delétang est allé chercher toute la force, l'acidité, l'absence de complaisance et de scrupules, qui caractérisent les textes d'auteurs étrangers contemporains, anglais, allemand, suédois, et qui manquent parfois aux dramaturges français d'aujourd'hui.Le premier volet du tryptique est dévoilé en 2006-2007, avec Shopping and Fucking de Mark Ravenhill, critique rageuse de la société de consommation, portée par un théâtre physique, et marquée au sceau d'un redoutable humour british n'épargnant rien ni personne.S'en suit On est les Champions de l'allemand Marc Becker, en création française, qui met en jeu la place prise par le football dans le monde d'aujourd'hui, jusqu'à en devenir une des métaphores dominantes.L'année dernière enfin, Froid de Lars Norén est venu clore ce cycle délibérément provocateur, en amenant sur la scène la violence et l'horreur de l'idéologie néo-nazie.Comme il l'écrivit lui-même à propos de Shopping and fucking, Simon Delétang ne redoute rien autant qu'un théâtre immédiatement ingérable, qui permette aux spectateurs de rentrer chez eux sans la moindre secousse.Il va chercher chez ces auteurs étrangers, selon ses propres mots, des écritures « impertinentes, survoltées, généreuses et tragiques afin de réveiller les spectateurs que plus rien n'étonne, puisque effectivement plus rien n'est étonnant, étant entendu qu'un théâtre " qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience " (René Char) ».Le choix d'Heiner Müller en création au théâtre des Ateliers, et de Manque de Sarah Kane, qu'il produira à la Comédie de Reims cette année également, semble s'inscrire dans la continuité de cet engagement pour un théâtre corrosif, qu'il va chercher en Angleterre et en Allemagne.Mais peut-être faut-il y voir aussi un tournant. For ever MüllerLe travail fait par Simon Delétang sur Heiner Müller, né de la longue fascination qu'il éprouve à son égard, a commencé par l'élaboration d'un montage de textes (parfois traduits par le metteur en scène), qui mêle extraits d'interviews, poèmes, scènes de quelques-unes des pièces du dramaturge allemand.Il va donc au plus près du travail d'écriture en construisant sa propre trame textuelle, portrait en mouvement de l'auteur et de la vie berlinoise, non sans entrer en résonance avec l'actualité de la commémoration de la chute du Mur -qui sonna pour Müller le glas de la fin de l'écriture.Il met ainsi en œuvre une esthétique proche de celle de Müller, qui disait lui-même élaborer ses drames à partir de restes et de fragments, et qui trouva une inspiration mêlée et hétéroclite chez les Grecs, chez Shakespeare et Laclos tout autant que dans les réalités sociales et économiques de l'Allemagne de l'Est de son temps.Autour du tombeau du dramaturge pygmalion, il fera évoluer la galerie de personnages de Müller, sinistres et drôles, terrifiants et charmeurs.C'est sous le signe d'un humour « For ever Müller » au théâtre des Ateliers Agôn , Points de vue 1 -Puis-je déposer mon cœur à vos pieds. 2 -Si vous ne salissez pas le plancher.1 -Mon cœur est propre. 2 -C'est ce que nous verrons. 1 -Je n'arrive pas à le sortir. 2 -Voulez-vous que je vous aide. 1 -Si ça ne vous ennuie pas. 2 -C'est un plaisir pour moi Moi non plus je n'arrive pas à le sortir. 1 -Pleurniche.2 -Je m'en vais procéder à l'extraction.Sinon pourquoi aurais-je un canif.Il n'y en a pas pour longtemps.Travailler et ne pas désespérer.Bon, eh bien le voilà.Mais C'est une brique.Votre cœur C'est une brique. 1 -Oui, mais il ne bat que pour vous.(Pièce de cœur, Trad.Jean Jourdheuil et Heinz Schwarzinger) En conversation avec Simon Delétang Aurélie COULON : Entre Rex Gildo et vous, y-a-t-il des points communs ?
Language: French
Open Access status: diamond
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