Year: 2022
Type: article
Abstract: L'exposition « Allemagne / Années 1920 / Nouvelle Objectivité / August Sander », qui s'est tenue l'été dernier au Centre Pompidou, a mis en lumière la figure du photographe August Sander dans un récit enchâssé avec celui de son temps et de la Nouvelle Objectivité.Dans l'entretien avec Angela Lampe et Florian Ebner que nous publions dans ce numéro, nous revenons sur un Sander aux multiples visages : photographe ambulant et commercial, photographe « sociologue » à tendance marxiste ou bürgerlich, porteur d'un vaste projet consacré aux hommes du xx e siècle, au visage de son temps.Grâce à cette mise en contexte que construit l'exposition, on comprend mieux la « coupe transversale » opérée par le photographe allemand qui n'est pas le seul à être obsédé par cette question dans les années 1920 et 1930 : À l'aspect de son visage, nous pouvons immédiatement reconnaître quel travail quelqu'un fait ou ne fait pas, nous lisons sur ses traits s'il a de la peine, ou s'il est joyeux, car la vie laisse inévitablement ses traces.Un poème dit : « Sur le visage de tout homme est clairement gravée son histoire.L'un sait lire et l'autre non.» Ce sont les ruines d'un langage nouveau et pourtant ancien 1 .Les mots de Sander comme le poème qu'il cite dans cette conférence radiophonique de 1931 résonnent avec une tradition qui a fait du visage tantôt le paysage de l'histoire, tantôt le miroir de l'âme.Mais à cette tradition, Sander adjoint un langage nouveau, celui d'une photographie comparée.Si le visage est, selon lui, le siège de l'histoire, il ne s'agit pas ou pas seulement d'une histoire individuelle, mais plutôt des traces d'une époque qui se lisent sur les visages photographiés et placés ensemble dans des portfolios, sur les murs d'une exposition, ou dans un livre.« Sous nos yeux se déroule en quelque sorte une histoire de notre société ou, plus exactement, une étude sociologique de ces dernières années 2 », écrivait Alfred Döblin dans la préface de Visage de ce temps.Sander ne cherchait pas à donner un nom à ceux qu'il portraiturait ; ses légendes et l'organisation de son travail montrent une démarche typologique cherchant un « effet de distance 3 ».À l'inverse, à cent ans d'écart, du côté non pas de ceux qui produisent mais de ceux qui analysent les images, la question de l'identification des sujets photographiés rejaillit et devient un marqueur de notre temps.Dans ce numéro de Photographica, « Portraits choisis, portraits subis », dont le dossier thématique a été dirigé par Alexandra de Heering et Anne Roekens, s'observe une volonté d'historicisation et de contextualisation de ce genre photographique.Dans quels contextes les portraits à l'étude ont-ils été réalisés, diffusés et lus : affirmation, consentement, assentiment, résignation, contrainte, domination ; c'est-à-dire selon quelles modalités, situations et usages ?Situer historiquement les portraits photographiques -sans doute le type de photographies le plus répandu à toutes les époques et en tous lieuxapparaît comme un enjeu majeur.Et cette attitude de recherche implique d'enquêter en profondeur non pas seulement sur ceux qui ont pris ces clichés mais sur ceux qui y figurent.
Source: Photographica
Authors: Éléonore Challine, Paul-Louis Roubert
Institutions: Histoire culturelle et sociale de l'art, Université Paris 8
Language: French
Topic: Photographic and Visual Arts
Subfield: Museology
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W4310154909
