Le cadavre accusateur dans le procès du XIIIe au XVIIIe siècle en Occident : de la preuve révélée à la preuve raisonnée
Year: 2022
Type: article
Abstract: Réceptacle de nombreuses croyances, le corps est perçu en Occident médiéval comme un « mode d’expression extérieur (foris) des mouvements intérieurs (intus) et invisibles de l’âme, des états psychiques, des émotions et de la pensée elle-même ». De ce fait, il occupera une place singulière dans les procédures criminelles, comme le montre l’ordalie du cercueil ou cruentatio. À partir du XIIIe siècle, il n’est en effet pas rare d’interroger la dépouille de la victime, afin de découvrir l’identité du meurtrier : selon la croyance populaire, le corps, animé par l’âme criant vengeance, se mettrait à saigner en présence du coupable. Le cadavre revêt dès lors une dimension sociale, juridique et fait la liaison entre l’ici-bas et l’au-delà. Malgré le mouvement de rationalisation touchant l’ensemble de l’Occident et le déclin progressif des ordalies, des témoignages mettent en évidence une survivance de la cruentatio au moins jusqu’au XVIIIe siècle. Cet appel au cadavre va perdre au fur et à mesure sa dimension providentielle pour constituer un élément probatoire dans les procédures judiciaires. Cette pratique, brouillant les frontières entre mystère et science, nous permettra de nous intéresser à la fonction du cadavre dans le procès : dévoiler une vérité tant révélée que raisonnée.
Source: Droit et Cultures
Author: Astrid Akopian
Language: French
Field: Social Sciences
Domain: Social Sciences
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W4312912652
