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Sophie CRAS, L’économie à l’épreuve de l’art. Art et capitalisme dans les années 1960 , Dijon, Les Presses du réel, « Œuvres en sociétés », 2018, 298 p.

Year: 2020
Type: article
Abstract: Notes de lecture n 175 ont surgi : les uns défendaient l'idée selon laquelle l'information se trouvait au fondement de la cybernétique, d'autres se concentraient sur les réseaux causaux probabilistes, les troisièmes cherchaient une théorie et les quatrièmes mettaient la logique algébrique au centre de leur attention.La croissance institutionnelle de la discipline (autour de deux grands instituts à Kiev et à Moscou) est à l'origine de son hétérogénéité intellectuelle.Dans les années 1970, la kibernetika signifiait avant tout l'intérêt pour la programmation informatique.En même temps, la cybernétique était aussi une promesse de gouvernance technocratique à l'aide de l'informatique et un projet de société de l'information où le contrôle devait s'exercer sans violence.La modernisation technologique était perçue comme une source du progrès social, les traits saillants du système soviétique étaient traduits dans le nouveau langage technique.Lors de son voyage en URSS en 1960, Norbert Wiener a déclaré que la science devait être libre d'idéologie.Dès lors, la neutralité idéologique de la cybernétique est devenue une posture politique en soi : elle donnait l'impression que l'ère de l'oppression et des répressions était révolue et permettait de préserver le modèle centralisé de l'État « sans les abus du stalinisme ».Ce modèle était important pour la communication entre les dirigeants et les masses, associée au mécanisme de réponse et de contrôle entre le haut et le bas.La censure politique pouvait être maintenue comme une technique de « réduction du bruit » dans le système.L'idée de Wiener d'avoir des travailleurs modernes maîtrisant des automates faisait écho au paradigme du management scientifique censé rendre l'industrie soviétique efficace.Dans le modèle soviétique, la société était pensée comme un corps organique dont le réseau informatique de communications était le système nerveux.Si la version américaine évoquait la nation, elle parlait de cerveau sans corps à propos du réseau.Dans le système soviétique, c'est le gouvernement, en contact permanent avec la société et responsable du fonctionnement social, qui jouait le rôle du cerveau.Ce modèle s'est avéré difficile à mettre en pratique.Les usines soviétiques ont expérimenté un système automatique de gestion à l'aide des ordinateurs dès la fin des années 1950.Il restait un pas à franchir pour la connexion de ces ordinateurs en réseau.Mais ce pas ne l'a pas été, car la proposition de Kitov d'utiliser les ordinateurs du ministère de la Défense pour la mise en place d'un réseau civil a été bloquée par les militaires.Après ce premier échec, en 1962, le président adjoint du Conseil pour la cybernétique, également directeur de l'Institut pour les problèmes de la transmission de l'information, Aleksandr Kharkevitch, a suggéré de rassembler les réseaux télégraphiques, téléphoniques, radio et radar existants pour échanger tous les types de données par voie électronique.Ce projet intitulé « système national unifié pour la transmission de l'information » -la première proposition de réseau informatique à des fins civiles dans le monde -s'est développé indépendamment des recherches américaines, la CIA n'ayant appris son existence qu'en 1964.Cependant, le décès de Kharkevitch en 1968 a sonné le glas de ce projet.Une proposition concurrente a vu le jour en 1963.Le directeur du Conseil d'État pour l'économie, N. Kovalev, a émis l'idée de connecter les centres informatiques existants avec les instances de gestion économique régionale (sovnarkhozy) pour gérer la transmission de l'information de manière plus efficace.Mais, cette fois, ce sont le Comité d'État pour la planification (Gosplan), la Direction des statistiques (TsSU) et le ministère de l'Approvisionnement qui ont imposé leur veto pour ne pas perdre le contrôle de l'information.La résistance à la rationalisation informatique vient du refus des bureaucrates de réduire le facteur subjectif dans la prise de décisions administratives.Le recours à l'informatique allait à l'encontre de leurs pratiques et constituait une menace pour leur pouvoir personnel.L'auteur du projet le plus ambitieux, l'OGAS, est le viceprésident de l'Académie des sciences, Viktor Glouchkov.Il semble être celui qui a
Language: French
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W4390360495
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