Work

Emmanuel Reibel. Du métronome au gramophone : musique et révolution industrielle . Paris, Fayard, 2023, 382 p.

Year: 2024
Type: article
Abstract: Si cette construction tripartite est en soi classique dans un récit de vie, l'ouvrage, on s'en doute, ne vise pas simplement à raconter pour célébrer la danseuse au travers d'anecdotes édifiantes, comme la tradition historiographique, qui a contribué à forger le mythe Taglioni dès le XIX e siècle, nous y a habitués.Chloé d'Arcy précise ainsi dès les premières pages l'enjeu de cette entreprise biographique : il s'agit de « renouveler l'usage de la biographie dans la recherche en danse, en la débarrassant de son caractère hagiographique », c'est-à-dire d'inscrire cette vie d'artiste dans une histoire culturelle, en mettant en lumière les mécanismes pluriels du vedettariat, phénomène au cœur de l'économie du spectacle au XIX e siècle.Tel est le fil rouge du récit, dont le propos, dense et d'une grande clarté, est toujours solidement argumenté en ce sens.Les stratégies opportunistes déployées par l'administration Véron à l'Opéra de Paris, comme la promotion de vedettes, leur mise en compétition ou encore l'usage de la claque, sont certes connues, mais l'étude insiste également sur le rôle actif du partenariat formé par le père et la fille Taglioni dans la « fabrique » de la célébrité, que ce soit sur le plan artistique, contractuel ou encore dans la commercialisation de l'image de Marie.Comme le souligne Chloé d'Arcy, Taglioni n'est ni la première ni la seule vedette de la danse de son époque.Sa carrière concentre à cet égard la plupart des caractéristiques attachées à un vedettariat féminin alors en plein essor.La ballerine semble néanmoins se distinguer de ses concurrentes ou de celles l'ayant précédée par la diversité de ses talents et des voies qu'elle emprunte : danseuse engagée dans une carrière internationaleà l'instar d'autres contemporaines -, danseuse créatrice d'une esthétique nouvelle qu'elle cherche à imposer avec la collaboration de son père, mais aussi chorégraphe, enseignante, mémorialisteelle signe des Souvenirs, axés principalement sur sa carrière professionnelle -, figure mondaine, en quête de respectabilité et de reconnaissance publique, femme d'affaires enfin, attentive à ses engagements contractuels et aux attentes du public.Pour mener à bien ses recherches, Chloé d'Arcy s'est appuyée en premier lieu sur le riche fonds Taglioni conservé à la Bibliothèquemusée de l'Opéra.S'il confère un certain biais « parisien » -ou françaisà l'ouvrage, qui n'est pas dissimulé, le récit n'oblitère en rien la dimension internationale, indissociable du système vedettarial, de la carrière de l'artiste, gérée à la manière d'une entreprise de spectacle.L'ouvrage, bien qu'il n'aborde pas de manière exhaustive tous les voyages de Taglioni, met parfaitement en lumière le caractère européen de son parcours, marqué notamment par des contrats importants, tant pour sa créativité que pour sa renommée, à Londres, Stockholm ou Saint-Pétersbourg, tout en soulignant le rôle essentiel de Paris, lieu-phare de la culture et des arts dans l'Europe du XIX e siècle, dans sa consécration comme étoile et dans la constitution écrite de sa légende.À côté de ce fonds d'archives, Chloé d'Arcy n'a nullement négligé ce qu'elle nomme les « écrits mythographiques », autrement dit les écrits des contemporains, source de la légende taglionienne, dont la presse et ses plumes souvent admiratives se font le relais privilégié.Loin de les prendre de hautbiais qui existe parfois -, la biographe les cite abondamment et montre en quoi ils sont indissociables de la construction de la célébrité, au même titre que les nombreux produits de la culture visuelle que sont les lithographies, les statuettes et autres objets du quotidien frappés à l'effigie de la « star ».L'ouvrage évite ainsi le parti pris, quelque peu simpliste, de la déconstruction du mythe, en confrontant, en mettant en perspective, plutôt qu'en opposant, l'histoire et la légende.Que ce soit pour la richesse, la diversité de ses sources ou l'usage transdisciplinaire qu'elle en fait, l'ouvrage de Chloé d'Arcy peut désormais être considéré comme une biographie de référence, très stimulante par ailleurs grâce aux nombreuses pistes de recherche qu'elle propose, en particulier autour de l'héritage taglionien et des usages de sa mémoire.Elle vient enrichir, outre la connaissance d'une danseuse souvent figée dans l'image idéale de la créature éthérée, la réflexion sur le vedettariat féminin au XIX e siècle, qui plus est dans un domainela danseencore trop délaissé. Bénédicte Jarrasse
Source: Romantisme
Language: French
Subfield: Music
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W4393320430
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