Year: 2022
Type: article
Abstract: En 2009, avec le n o 194 de Théâtre/Public qui faisait l'hypothèse d'une « nouvelle séquence théâtrale » et s'employait à en dégager quelques « aperçus », nous postulions que « quelque chose a[vait] changé, se transform[ait] » dans les « axes qui organisaient le travail des artistes et leur réception » 1 , non seulement par rapport à ceux des années 1960-1980, mais aussi en regard de ceux qui avaient pu présider au « jeune théâtre » des années 1990.De 2009 à 2022, beaucoup de choses ont encore changé, assurément, ou plus simplement ont muté par rapport, disons, aux années 2000, dans les pratiques et dans la conception de l'acte de mise en scène comme création scénique.Ce que ces quelques notes -car il ne s'agit ici que de cela -souhaiteraient esquisser, pointer au sein (d'une certaine face visible) du théâtre français, en un premier repérage qu'il faudrait ailleurs creuser et nuancer, ce sont quelques symptômes d'une telle mutation (et non révolution) de la fi gure du metteur ou de la metteuse en scène comme créateur ou créatrice scénique et des moyens spectaculaires qu'il ou elle manie ; faire l'hypothèse de quelques prolongements et infl exions, et les mettre aussi en perspective, histoire d'essayer de regarder, autant que possible lorsqu'il s'agit d'appréhender une contemporanéité et un mouvement qui est toujours en cours, le présent en regard d'un temps un peu plus long.Cela en se permettant parfois de jouer au jeu du repérage de ce qui n'est pas « tombé dans l'oreille d'un aveugle », pour reprendre la jolie phrase que la légende théâtrale attribue à Roger Blin au sortir de la mise en scène de Massacre à Paris, de Marlowe, par Chéreau en 1972 : « Le Regard du sourd n'est pas tombé dans l'oreille d'un aveugle » -ce qui ne voulait bien sûr pas dire que Chéreau faisait « du Wilson », mais reconnaissait sur la scène française le développement d'un travail sur et d'un usage de l'image que l'onde de choc de l'événement qu'avait représenté le spectacle du créateur américain avait permis 2 ; de même, sans assimilation aucune, et de manière plus intuitive et indicielle que rigoureusement démonstrative 3 , je me permettrai de distinguer quelques fi gures ou spectacles consciemment ou inconsciemment matriciels ou cristallisateurs, des pratiques et esthétiques qui ont pu constituer des références, afi n de nommer non pas les tendances ou les épigones qu'elles auraient suscité, mais ce que leur irruption et leur reconnaissance ont pu permettre de légitimer sur les scènes françaises et d'intégrer, autrement, singulièrement, à certaines pratiques contemporaines.Quelques notes de spectateur, quelques éléments de repérage, donc, de simples constats fragmentaires en guise de pré-hypothèses qui constituent peutêtre quelques pistes pour une réfl exion ultérieure, mais en rien une démonstration ni un discours constitué. * * * mise en perspective : assomption et mise en question de la figure du metteur en scène créateur dans les années 2000La première décennie de ce XXI e siècle semblait tiraillée entre deux mouvements a priori contradictoires -même s'ils ne l'étaient en fait pas fondamentalement, puisque représentant deux formes différentes de mise en avant de l'écriture scénique, qui allait se muer en écriture « de Une diffraction convergente ?Notes sur quelques mutations de l'image et de la création théâtrales christophe triau 1-Introduction à Théâtre/Public, n o 194, 2009, p. 5. 2-Un metteur en scène brechtien « pur jus » comme Planchon pourra déclarer : « Après l'œuvre de Brecht, l'œuvre que je trouve peut-être la plus impressionnante est celle de Wilson », car elle « prouve que l'on peut faire une écriture scénique totalement indépendante du texte.C'est une révolution dans le théâtre.Il prouve qu'on peut faire des images qui ne soient pas ridicules par rapport à la peinture [ou au cinéma], par exemple » (Roger Planchon, entretien avec Jean Mambrino, Études, t. 347, n os 8-9, 1977, p. 228-229).3-Et toutes proportions gardées par rapport à l'événement qu'ont constitué les représentations du Regard du sourd en France ; mais, à toutes les échelles, il y a des spectacles et des pratiques qui font événement et référence et qui, s'ils ne deviennent pas forcément des modèles, instaurent ou autorisent des pratiques esthétiques dans le paysage théâtral de leur temps.
Source: Théâtre/Public
Author: Christophe Triau
Language: French
Subfield: Visual Arts and Performing Arts
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W4406796833
