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De nomade à entrepreneur

Year: 2025
Type: article
Abstract: Cet article examine la transition des habitants de Merzouga d’un mode de vie nomade vers la gestion d’un tourisme international, intégré aux itinéraires des voyages circulaires au Maroc, incluant des destinations comme Marrakech, Fès et Chefchaouen. L’accent est mis sur la transformation des acteurs locaux, passant de l’identité nomade à celle d’entrepreneurs, en examinant deux facteurs majeurs : les savoir-faire issus du nomadisme et l’organisation sociale fondée sur la parenté amazighe. Merzouga est un village oasien dont la formation remonte aux années 1930, lorsque des nomades sédentarisés ont commencé à y pratiquer l’agriculture oasienne. La population, relevant majoritairement des Aït Khebbach, un groupe tribal amazigh, a connu un bouleversement économique majeur avec la colonisation française, marquant la fin du pastoralisme tel qu’il était pratiqué auparavant. Depuis les années 1970, l’étendue des dunes de sable de l’Erg Chebbi, situées à proximité du village, attire un nombre croissant de voyageurs internationaux fascinés par le paysage désertique et la culture nomade. Certains Aït Khebbach ont ainsi commencé à développer des structures touristiques en collaboration avec ces voyageurs. Avec l’orientation du Maroc vers le développement de ce secteur à partir des années 2000, celui-ci prend son essor, en permettant à de nombreux habitants de devenir des entrepreneurs touristiques indépendants. La question de l’impact de l’industrie touristique sur les populations locales relègue souvent celles-ci dans des positions de victimes. Cet article adopte une approche anthropologique qui considère le travail comme un processus imprégné du transfert de savoir-faire local, influencé par des valeurs culturelles. Cette perspective permet d’analyser les marges de manœuvre qu’offre le secteur touristique, ainsi que son appropriation et ses limitations par les institutions locales.Dans la littérature anthropologique sur le tourisme de désert, l’étude des populations nomades devenues entrepreneurs touristiques s’est d’abord concentrée sur les hommes, qui se forment en guides, créent des agences ou travaillent comme tour-opérateurs. Cependant, à Merzouga, les entreprises touristiques sont souvent familiales. Cette étude s’inscrit dans cette perspective élargie à l’ensemble des membres de la famille, en explorant leur transformation identitaire à travers leur savoir-faire nomade et leur organisation sociale amazighe. L’article commence par retracer l’évolution historique des Aït Khebbach, de la vie nomade à la gestion du tourisme international. Les données ethnographiques recueillies lors de deux années de recherche sur le terrain sont ensuite analysées. L’étude se concentre notamment sur une famille Aït Khebbach (Aït Bo) de Merzouga, ayant évolué d’un mode de vie nomade vers une activité touristique par le biais d’une agence, d’un bivouac et d’un hôtel. Leur histoire nous aide à comprendre leur propre inscription dans le développement de l’industrie touristique avant de nous arrêter à leur quotidien actuel. Il met en lumière la manière dont l’identification au passé nomade se perpétue par la transmission des savoir-faire au sein de l’entreprise familiale. Plusieurs compétences issues du nomadisme (pluri-économie, mobilité, construction de réseaux sociaux, apprentissage interculturel, etc.) sont mobilisées par les hommes. Toutefois, la consolidation et la pérennisation du secteur touristique reposent aussi sur les compétences d’autres membres de la famille (femmes et aînés), au moyen notamment de l’exploitation agricole de l’oasis et de la reproduction du modèle familial dans le désert. Aussi l’article éclaire-t-il le rôle de la parenté amazighe dans le contexte de l’activité touristique. Bien que reposant sur des critères d’honneur, des hiérarchies et une répartition du travail selon le sexe et l’âge, cette organisation sociale se révèle flexible et en constante évolution. Elle intègre progressivement le tourisme comme une activité respectable, non seulement pour les hommes, mais de plus en plus pour les femmes.L’article peut alors conclure sur une mise en perspective des questions identitaires dans le cadre du développement touristique. Plutôt qu’un simple passage du statut de nomade à celui d’entrepreneur, il s’agit d’un processus d’hybridation des identités. En intégrant leur identité entrepreneuriale à celle du nomade, ces acteurs locaux façonnent de nouveaux avenirs pour eux-mêmes et pour les générations à venir.
Language: French
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W4411405608
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