Year: 1840
Type: book
Abstract: I différemment, on aurait dit, sans doute, dans les cir- constances présentes, qu'il a été écrit par votre ordre et sous Vinfluence de votre gouvernement ; je me se- rais exposé ainsi à faire remonter jusqu'à votre al- tesse la responsabilité des imperfections de mon oeu- vre, qui ne doit retomber que sur moi.Mais, d'une autre part, altesse, pouvais-je publier un livre sur une contrée que vous gouvernez avec tant de sagesse , et (lotit vous êtes aujourd'hui la glorieuse personnifi- cation, sans vous en faire hommage?Ne serais-je pas coupable d'ingratitude si je n'attribuais le fai- ble mérite qu'il peut avoir à la position que votre altesse m'a faite, et à la part qu'elle a daigné m'as- signer dans l'oeuvre de la régénération de l'Égypte?J'espère, grand prince, que vous étendrez cette fois encore votre bonté et votre indulgence Sur le plus respectueux, le plus sincère et le plus dévoué de vos serviteurs. CLOT-BEÏ.&&*&£, $?/ '$ O. '.^.&Û.'£& ^'y 5$22-fâ AVANT-PROPOS.-; >M3P > ê t'- L'Égypte inspire aujourd'hui un inlérèl popu- laire.Cette contrée , qui fut autrefois le berceau delà civilisation, végétait depuis longtemps dans un profond oubli , lorsque l'expédition française vint, à la lin du dernier siècle , appeler de nouveau sur elle l'attention du monde.Après la mal- heureuse issue de cette expédition, un homme d'un génie supérieur recueillit l'héritage de la France.C'était à lui qu'il était réservé de consoler de leurs revers notre glorieuse armée et nos savants illustres, en faisant frucliGer les germes de civili- sation (ju'ils avaient semés et arrosés de leur sang sur la terre des Pharaons.Sous ses auspices, les roulements du tambour français devaient, pour la satisfaction des mânes de nos braves, retentir en- core dans les plaines des Pyramides, d'Aboukir, de Saint-Jean-d'Acrc et d'Héliopolis.Dans ces lieux tout remplis de la gloire nationale , des I V AVANT-PHOPUS.Fi ançais devaient , victoire immense !façonner des armées musulmanes à nos formes militaires, et faire planer le génie de notre nation sur lc> nouvelles destinées qui s'ouvraient à l'Orient.De- puis lors, l'Égypte, ressuscitée, est devenue partie active dans une question à la solution de laquelle tous les intérêts politiques du vieux continent se trouvent engagés.Elle a acquis, et par elle-même et par sa position relative, une im- mense importance ; il me semble donc qu'il est peu de pays qui méritent davantage d'être complètement connus.Je sais que l'intérêt qu'excite l'Égypte ne date pas tout entier d'aujourd'hui, et qu'aulrefois et de nos jours , un grand nombre d'ouvrages , dont plusieurs sont très-remarquables, ont été publiés sur cette contrée. 11en est un surtout qui les do- mine tous de sa supériorité, et auquel on ne peut écrire sur l'Égypte sans payer un éclatant tribut d'admiration.On comprend que je veux parler de la collection des Mémoires de l'Institut d'Égypte , vaste encyclopédie, monument scicnlilique sans pareil, dans les proportions duquel on sent le gé- nie du grand homme qui en conçut le plan et sut.grouper autour de lui , pour le réaliser, les pre- mières capacités de la France.Après ce grand ouvrage , qui n'est pas l'un de nos moindres titres de gloire , on peut citer plu- sieurs livres dignes certainement de beaucoup AVANT-PROPOS.V d'éloges.Parmi ceux qui précédèrent l'expédition française , on doit nommer d'abord celui de Sa- von ; mais surtout le Voyage de Volney , où la science et l'observation ont revêtu un style plein de vigueur et de verve ; et celui de Sonnini, recommandable sous beaucoup de rapports.Parmi les ouvrages récents, on distingue les Voyages du duc de Raguse , dont la partie qui concerne l'É- gypte renferme tant d'intéressants détails et des jugements pratiques si solides; les Lettres sur l'Orient' de l'illustre auteur de YHistoirecles Croisades et de son jeune et savant ami , M. Poujoulat ; le Voyage de MM. de Cadalvène et de Breu- very; les deux volumes de M. W. Lane sur les moeurs des Égyptiens ( Manners and customs of the modem Egyptians) ; enfin les ouvrages de M. Mengin, qui renferment sur la vie de Méhémet-Ali et l'histoire de son règne des détails d'une scrupu- leuse exactitude, d'autant plus précieux qu'on ne saurait les trouver ailleurs.Beaucoup d'autres livres, d'une moindre importance, ont été publiés sur l'Égypte.Mais, mal- gré le genre de mérite qu'ont chacun des ouvra- ges qui ont paru jusqu'à ce jour, ils laissent encore une lacune : les uns sont déjà anciens, et depuis leur apparition , une foule de faits nouveaux ont changé la face de l'Égypte; la plupart ne parlent » Corriêjioitflanti 'l'Orient, par Micliaufl ri l'oiij'julat Brux., Mclitic.0 vol m |S°I AVANT-PROPOS.VI île ce pays qu'épisodiquement.II n'en est pas qui lui soient exclusivement consacrés et la présen- tent, dans un résumé méthodique, sous ses points de vue les plus saillants; en un mot un aperçu générale sur l'Égypte n'existait pas, je me suis ef- forcé de le donner au public.11 est possible que je me sois trompé sur l'éten- due de mes forces, en entreprenant l'ouvrage que je viens de définir.J'ai cru , toutefois , qu'un séjour en Egypte de quinze années , pendant les- quelles j'ai eu le temps d'étudier à fond les moeurs et le génie propre de ses habitants; pendant lesquelles j'ai été témoin ou acteur (pour mon humble part) dans les nouvelles choses qui s'y sont faites, me donnait des droits à réaliser moi-même le plan que j'avais conçu.Ce n'est que depuis quelques mois qu'il m'a été permis de mettre la main à l'oeuvre.Ma première pensée avait été de faire précéder d'un aperçu physique et médical sur l'Egypte le travail que je publie sur la peste ; mais lorsque j'eus réuni tous les matériaux de cet essai, il se trouvè- rent trop étendus et trop nombreux pour en- trer dans mon cadre; ils formèrent les éléments d'un ouvrage spécial , que dès lors je me décidai à compléter; car, dans les voyages (pic j'ai faits en Europe , on m'a adressé souvent sur l'Egypte des questions si singulières; j'ai rencontré tant de personnes, d'ailleurs très-instruites, qui avaient AVANT-PROPOS. VHMir elle îles notions incomplètes, erronées, étran- ges.que j'ai cru qu'un ouvrage peu volumineux, qui offrirait une esquisse générale de cette con- trée, serait fort utile.J'avoue que j'aurais désiré pouvoir mûrir davantage ce travail ; tel qu'il est, je ne me dissimule pas les nombreuses imperfections qui le déparent.Mais il m'a semblé que si jamais sa pu- blication devait être opportune , c'était dans le moment actuel.Aujourd'hui, en effet, l'existence, l'avenir de l'Égypte sont débattus par la presse, parla diplomatie, par l'Europe entière.Alin d'ap- peler un arrêt prochain , dont les résultats peuvent être immenses, j'ai pensé qu'il fallait se hâter d'apporter au procès le plus de pièces possible.Voilà le motif de la précipitation avec laquelle ce livre a été écrit.J'espère que la bienveillance de mes lecteurs me pardonnera les défauts de com- position qui en ont été la suite.Livrant d'ailleurs pour la première fois à l'impression une rédaction d'aussi longue haleine, j'ai besoin , plus que per- sonne, d'indulgence.Je ne dirai rien des divisions que j'ai suivies dans mon livre; j'ai adopté, comme on pourra s'en convaincre en jetant les yeux sur les tables des chapitres , celles qui paraissent les plus logiques.Mon but, je le répète, a été de parler d'une manière aussi complète qu'on pouvait le faire dans un espace resserré , de tout ce qui se rap- vu AVANT-PKül'OS.porte à l'Égypte.J'ai dû, par conséquent., me préoc- cuper soigneusement de classer avec ordre mes matériaux.Plusieurs des questions que j'ai traitées sortent de ma spécialité ; j'ai eu recours, pour ce qui les concerne, aux bons ouvrages dont elles ont été l'objet, et je me suis aidé des avis d'hommes com- pétents , à l'amitié desquels je dois un témoignage publie de reconnaissance.Il est d'autres questions, des questions nouvelles surtout, qui ne pouvaient être traitées que par quelqu'un qui fût initié de près à l'état actuel de l'Egypte.J'espcre que, réunies aux précéden- tes, elles formeront un ensemble qui ne sera pas entièrement dénué d'intérêt.Quant aux questions nouvelles, qu'on ne croie pas (|ue j'en aie fait un thème d'éloges incessants pour Méhémet-Ali, le sujet d'un panégyrique exa géré des hommes et des choses.Cet essai u'est [joint un ouvrage de commande.Quoiqueje loue, toutes les fois que la justice le veut, le grand homme pour lequel je professe une vive admira- tion , et auquel je dois de la reconnaissance , je n'obéis en cela à aucune sollicitation ni à aucune convenance personnelle.Je conserve tout entière la liberté de mes pensées et de mes expressions.Ainsi, comme tout ne peut pas être parfait comme il faut signaler avec une égale impartia- lité le mal et le bien, j'ai présenté mes remarques X AVANT-VKOPOS.coup tle renseignements sur les plantes introdui- tes récemment en Égypte et sur l'agriculture.Je dois à M. Mengin, pour la partie historique et statistique, plusieurs de mes matériaux; les ouvra- ges de ce modeste et laborieux historiographe seront toujours le Moniteur dans lequel quiconque écrira sur l'Égypte devra puiser.Je me plais d'autant plus à lui rendre justice, que plusieurs écri- vains qui ont mis à contribution ses travaux ne l'ont pas même cité.M. Linan, ingénieur qui possède à fond l'hydro- graphie et le cadastre de l'Égypte, et qui a été chargé de la grande entreprise du barrage , m'a fourni sur ces différents points des renseignements et des chiffres précis.M. de Cerisy-Bey, dont le nom vivra toujours en Égypte , dans les importants travaux qu'il y a laissés, m'a donné sur l'arsenal de la marine et les constructions navalesdes notes et des dessins qui ont fait la base de cette partie de mon travail.Le savant M.
Author: A. B. Clot-bey
Language: French
Subfield: Archeology
Field: Arts and Humanities
Domain: Social Sciences
Open Access status: green
OpenAlex ID: W1603660164
