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Histoire des critiques du surréalisme et critique des Histoires du surréalisme. Pour une démystification de «l’historiographie surréaliste»

Year: 2011
Type: article
Abstract: 1. Critique de la critique acritique «Un bon surréaliste est un surréaliste mort».Telle semble être la devise que la plupart des historiens du surréalisme se proposent de suivre et de confirmer dans leurs travaux savants, surtout après la disparition d'André Breton en 1966, comme le faisaient les colons contre les Indiens d'Amérique, suivant une réponse attribuée au général Philip Henry Sheridan.Mais déjà du vivant de Breton, le mouvement surréaliste se voyait préférer à la fois ceux qui s'auto-définissaient comme ses «ennemis intérieurs» (tel que Bataille) et les soi-disant «hérétiques» n'ayant vécu que pour très peu de temps l'aventure surréaliste (Leiris, Queneau, Ponge, etc.).Tant et si bien qu'une autre paraphrase aussi, suivant le détournement proposé un siècle plus tard par l'Indien Harold Cardinal du dicton issu de Sheridan, semble convenir à cette autre démarche, encore actuelle, de la critique littéraire: «Un bon surréaliste est un non-surréaliste».Peut-être, face à cet état des choses de la critique «historique» du surréalisme tendant à fixer les étapes événementielles de pareil objet d'étude, tenu pour mort et enterré, dans son immobilité cadavérique dissécable à l'infini, ou à retracer les pratiques sans plus de pratiquants qu'il aurait parsemées tout au long de son parcours, comme le fait de sa bave la limace, avant de se dissoudre au soleil, n'y a-t-il pas de meilleure explication que celle d'Engels (1878), déjà rappelée par René Crevel en 1931 (p.36), «en réponse aux histoires littéraires, panoramas, critiques»: «L'habitude d'envisager les objets, non dans leur mouvement mais dans leur repos, non dans leur vie mais dans leur mort, cette habitude passée des sciences naturelles dans la philosophie a produit l'étroitesse spécifique des siècles passés, la méthode métaphysique».Sans jamais se douter qu'il s'agit plutôt d'une vivisection ou s'interroger sur ce qui resterait d'encore praticable, sinon pratiqué et vivant, toute exégèse semble plutôt aboutir à l'assurance d'une affaire classée ou, tout au plus, entériner sur le mode esthétique l'originalité et la pérennité d'un mouvement vidé de son sens éthique et révolutionnaire.C'est pourquoi il ne faudrait pas se tromper sur la base des sympathies que tel ou tel autre critique portent au surréalisme, mais bien plonger dans l'interrogation, à plus forte raison qu'en les cas des détracteurs.Pourquoi une telle sympathie affichée devrait-elle toujours conclure à la mort d'un mouvement dont on fait pourtant les appréciations les plus positives tout au long de sa propre dissertation?Et s'il est vrai que le surréalisme fut, comme on le dit, un mouvement totalement révolutionnaire dans la poésie, la pensée, les pratiques quotidiennes et artistiques qu'il prôna, peut-être ne serait-il pas mieux qu'il soit mort ou, du moins, qu'on se soucie de continuer à le déclarer comme tel, quand bien même on connaîtrait ou on trouverait facilement les preuves de sa survivance?Certes, il serait paradoxal, voire choquant de découvrir que la sympathie portée à une cause n'est pas toujours le soutien de cette cause.Désabusons-nous, donc, et ANDREA D'URSO 100 rappelons que dans le domaine physiologique, le système sympathique préside à tout autre type de fonctions que celles de la vie de relation, bien au contraire: à celles basilaires de la vie végétative.C'est plutôt dans cette acception qu'il vaudrait mieux chercher à comprendre la position sympathique montrée par certains exégètes du surréalisme: non pas seulement au sens que le surréalisme est devenu pour eux un travail professionnel et un gagne-pain quotidien (la professionnalisation en soi, donc, déterminerait-elle la qualité et les contenus de sa propre production intellectuelle?),mais aussi parce que l'opinion qu'ils maintiennent et propagent à son égard s'insère dans la mécanique physiologique de croissance, développement, entretien et reproduction de la société présente.De ce fait, dans le champ de la critique littéraire, il s'en suit que l'histoire faite est remplacée par l'histoire relatée, qui n'est que partielle -du fait d'être souvent une partie seule de celle, plus générale, de son devenir -et partiale aussi -car elle assume un point de vue particulier, serait-ce même de façon inconsciente.C'est le problème d'une historiographie qui se fait passer pour histoire tout court, d'autant qu'elle prétend fixer une version établie et incontestable empêchant tout aperçu critique.Ce problème liant l'historiographie, en tant qu'opération idéologique, à la mystification affecte également toute la critique la plus récente, comme nous le verrons, jusqu'à de graves conséquences touchant à l'occultation volontaire, la censure plus ou moins grossière, l'oubli acharné et la réécriture falsificatrice de l'histoire surréaliste, cela rendant nécessaire une mise en cause des axiomes, préjugés et lieux communs rebattus sans vérifications, en d'autres termes: une critique de la critique acritique.Sans pour autant vouloir infirmer a priori l'entier de chaque travail de recherche ci-cité, dans ce cadre nous nous bornerons forcément à l'examen du problème susdit de l'acte de décès prématuré dans quelques exemples représentatifs de l'historiographie du surréalisme issue des différents courants mainstream (les «monstres sacrés» de la critique littéraire), avant-gardiste, politique, universitaire, extra-académique, et leurs combinaisons voire connivences éventuelles.
Author: A. D'Urso
Language: French
Open Access status: diamond
OpenAlex ID: W2280906164
FWCI: 6.224
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