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Entretien avec Matei Gheorghiu

Year: 2019
Type: article
Abstract: Entretien avec Matei GHEORGHIU 1Nous présentons ici, sous un format plus long que les entretiens habituels, l'itinéraire pratique, intellectuel et militant d'un exilé roumain, cataphile, squatteur, apprenti sociologue, secrétaire pendant dix ans de Jean-Daniel Reynaud, membre du conseil scientifique du « Réseau français des fablabs », co-rédacteur du Livre blanc des fablabs, et last but not least docteur en sociologie.Il s'agit d'un exercice rare de réflexivité sociologique sur une trajectoire singulière qui montre comment les savoirs et les savoir-faire se construisent, se transposent d'un monde à l'autre et, ce faisant, se consolident.Dans cet entretien, Matei Gheorghiu qui est à la fois acteur du milieu des fablabs et observateur décrit et analyse le mouvement actuel d'institutionnalisation de ces lieux. Delphine Corteel et Volny Fargès : Comment es-tu entré dans le milieu, est-ce que tu peux nous raconter un peu l'histoire ?Je ne suis pas rentré dans le milieu parce que ce milieu n'existait pas il y a vingt ans et que ce n'était pas intentionnel ; tout ça est lié à une trajectoire rocambolesque : mes parents -mon père sociologue et ma mère pédopsy -étaient dissidents en Roumanie, et à l'été 1989 ils ont été forcés par le régime à partir.Je les ai rejoints en 1990 après la révolution, j'avais 10 ans.En arrivant, j'ai découvert qu'en tant que Roumain, j'étais vu comme un joueur d'accordéon pickpocket, ce qui a rendu mon intégration un peu délicate.Les quatre ou cinq premières années, la plupart de mes copains étaient maliens, algériens, tunisiens, russes, anglais, bref, « métèques », du coup j'étais multi-styles, un peu punk mais aussi reggae, hip hop, tagueur, et concerné par les questions du tiers-monde.Au lycée, je me suis retrouvé à Buffon dans le 15 e arrondissement de Paris.C'était plutôt petit bourgeois, je m'y sentais un peu le nègre blanc de service.Mes parents poussaient pour que je fasse une prépa, mais j'ai fait du freinage.J'ai fait un bac L et après, je suis allé en fac de philo, je ne voulais pas faire socio, mais j'ai été rattrapé par mon destin !En plus d'avoir grandi dans un milieu politisé, mes aventures de jeunes migrant m'ont sensibilisé assez tôt à la politique, plutôt côté anar.Je suis arrivé au lycée en 1995 en plein milieu du mouvement Juppé, et je suis devenu délégué des délégués à la coordination lycéenne indépendante.À ce moment-là, je suis entré en contact avec différents mouvements de jeunesse mais j'ai eu du mal à m'y retrouver : mes parents étant dissidents « de gauche » dans un régime « socialiste », les perspectives idéologiques des JC, ou pire encore, de LO, c'était pas trop mon truc.À ce moment-là, avec les copains, on se réfugiait donc dans la musique, le jonglage, les trucs de saltimbanques.C'était tellement désespérant le monde des adultes, on se disait qu'il n'y avait que ça à faire : du cirque pour répondre au cirque.Et on a découvert un terrain de jeux idéal pour ça, les catacombes.1. Coordinateur du Conseil scientifique du Réseau français des fablabs -Maître de conférences associé au CERREV, Centre de recherche risques et vulnérabilité (
Language: French
Open Access status: bronze
OpenAlex ID: W2943792010
FWCI: 1.007
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